Une vie documentée

Les premières recherches d'archives concernant la vie de Louise Labé datent du milieu du XVIIIe siècle et participent de la valorisation d'un patrimoine lyonnais (Pernetti, 1757). À partir de là, la mise au jour de nouveaux documents est souvent corrélée à la préparation d'une nouvelle édition des Euvres (1762, 1824, 1887), avant que cette recherche documentaire ne tende à se dissocier, au XXe siècle, de la lecture du texte lui-même.

Alors que ces recherches se sont longtemps concentrées sur les sources lyonnaises, les dernières découvertes (2021) ont été réalisées en Italie (Archivio Salviati, Pise), ouvrant ainsi de nouveaux champs d'exploration.

Nous réunissons (et, à terme, transcrivons) ici les documents qui permettent de documenter la vie de Louise Labé.

Abréviations

- ADR : Archives du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon

- AML : Archives Municipales de Lyon

- AS : Archivio Salviati, Pise.

La fille de Pierre Charly dit Labé et d'Étiennette Roybet

On ne connaît pas la date de naissance de Louise Labé. Mais les documents postérieurs permettent de savoir qu'elle est la fille de Pierre Charly et de sa deuxième femme, Étiennette Roybet, dont il est veuf en 1524. L'ensemble de la documentation permet de situer la naissance de Louise entre 1516 et 1523. Pierre Charly, fabricant et marchand de cordes, accomplit une longue carrière qui lui permet d'accroître des biens, qu'il complète également grâce à ses trois mariages successifs. Sa fortune lui permet de contribuer aux emprunts royaux et il possède plusieurs biens immobiliers à Lyon et autour de Lyon.

Ce document de 1524, concernant la propriété de la Gela (à la jonction actuelle de la Montée des Carmélites et de la rue des Chartreux), qu'il tient de sa défunte femme, nomme les fils de Pierre Charly, Barthélemy, François et Mathieu, qui en sont les héritiers. Les deux filles (Louise et Claudine) ne sont pas nommées.

image archive ADR 13G 668 104v Gela 1524 copie

Transcription

(à venir)

image archive DR 13G 668 105r Gela 1524 copie  

ADR 13G 668, f. 104v-105r.

La vie de Pierre Charly reste inscrite dans son milieu social. Comme la plupart des hommes de son milieu, il n'a aucune pratique de l'écriture, comme le montre un document de 1529 (CC 325) : invité à signer un reçu pour le remboursement des 30 livres qu'il avait versées pour la rançon des "Enfants de France" (après la défaite de Pavie en 1525, les enfants du roi ne sont libérés par Charles Quint que contre une rançon), il appose une marque symbolique plutôt qu'une signature.

Mais dans l'exercice de son métier, sa reconnaissance est entière : il bénéficie régulièrement des commandes de la ville, il représente ses confrères auprès des autorités, il siège (sans participer aux discussions) en tant que "notable" lors des assemblées du consulat entre 1537 et 1546, et il est associé à la mise en place au début des années 1530 de l'Aumône générale (AML CH/E 138), dispositif novateur d'assistance aux pauvres tenu par des laïcs, institution à laquelle Louise Labé demeurera fidèle jusque dans son testament.

L'épouse d'Ennemond Perrin

Les documents les plus anciens qui mentionnent directement Louise Labé datent de 1551. À cette date, elle est mariée (depuis 1547 ?) avec un autre cordier, Ennemond Perrin, visiblement plus âgé qu'elle et moins riche que ne l'était son père. Perrin est installé rue Confort, près de l'actuelle place Bellecour. En 1551, il achète avec sa femme une deuxième maison qui jouxte la première.

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Transcription

(à venir)

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image archive AML DD160 28v  
image archive AML DD160 29r  

AML DD160, f. 127v-129r

 

AML BB 71, f. 272v (consultable en ligne sur le site des AML)

Transcription : à venir

 

AML BB 72, f. 12v-12br (consultable en ligne sur le site des AML)

Transcription : à venir

 

L'autonomie financière : les archives bancaires Salviati (1552-1554)

Les recherches de l'historienne Nadia Matringe sur la banque lyonnaise des Salviati de Florence [Matringe 2016] ont rendu possible la découverte en 2021, dans l'Archivio Salviati de Pise, des documents concernant les opérations bancaires effectuées par Louise Labé auprès de cette banque entre 1552 et 1554. Alors qu'elle est mariée à Ennemond Perrin, c'est bien "pour son propre compte" ("per suo conto") qu'elle réalise ces opérations, de manière autonome. Elle s'inscrit ainsi à la fois dans le monde des riches particuliers lyonnais qui placent leur argent auprès de cette institution et dans un vaste réseau économique franco-italien, impliqué dans la vie du commerce comme dans les emprunts contractés par le roi de France. Si les femmes demeurent très nettement minoritaires, la banque compte parmi ses clients aussi bien des femmes issues de l'aristocratie florentine ou lyonnaise que quelques femmes issues, comme Louise Labé, du monde du commerce et de l'entreprise. Cette vie financière met ainsi en relation des univers sociaux distincts, et les Italiens qui l'animent sont aussi des acteurs essentiels de la vie culturelle lyonnaise.

Dans cet "Alphabet du grand livre" (Livre des créditeurs et débiteurs) pour la période 1550-1553, on voit que le nom de "donna Luisa Labé donna di Enemon Perrin" figure aux côtés de noms appartenant aux grandes familles italiennes de Lyon (Spina, Strozzi, Spinola, Corbinelli, Gabiano, Ridolfi, Albizzi…) :

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Archivio Salviati, Pisa, AS 591

Nous présentons ici les 17 documents enregistrant des opérations bancaires réalisées par Louise Labé entre 1552 et 1554 auprès de la banque d'Averardo Salviati. Chaque document est analysé par Nadia Matringe (London School of Economics).

1. 23 mars 1552 : AS 593, f. 27r (section "Entrée" des "Entrées et Sorties" (Entrate e Uscite)).

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Archivio Salviati, Pisa, AS 593, 27r

Le 23 mars 1551 [c'est-à-dire 1552, puisque la nouvelle année commençait à Pâques, à savoir, cette année-là, le 17 avril], Louise Labé a donné 400 écus d'or au soleil à Leonardo Spina, le gouverneur de la banque Salviati à Lyon, qui lui a en échange fourni une reconnaissance de dette (cedola) recopiée dans le registre des Ricordanze, f. 14. Cette transaction est aussi enregistrée dans le compte courant de Louise Labé au Livre des Commettants, f. 126.

2. 4 avril 1552 : AS 592, f. 14v (Livre de Ricordanze)

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Archivio Salviati, Pisa, AS 592, f. 14v

Il s’agit d’une reconnaissance de dette datée du 4 avril 1552. Les Salviati reconnaissent avoir reçu de Louise Labé 400 écus d’or au soleil (et « au poids ») qu’ils ont placés sur le marché du dépôt (sur les « lettres de Lyon ») à leur propre risque, de telle manière à ce qu’aussi bien en ce qui concerne le capital que l’intérêt, Louise Labé n’aura à connaître qu’eux. Cela signifie concrètement que Louise Labé ne connaîtra pas l’emprunteur, et que quels que soient les intérêts reçus de ce dernier, les Salviati rémunéreront Louise Labé au taux du dépôt. Dans la pratique, le taux d’intérêt du dépôt variait en fonction des individus [Matringe 2017]. Les Salviati étaient donc en position de recevoir de leurs débiteurs un taux d’intérêt supérieur à celui auquel ils rémunéraient leurs créanciers. Cependant, le plus souvent, cet écart était négligeable, et pouvait même dans certains cas être préjudiciable aux Salviati.

3. 1552 : AS 596, 146 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pisa, AS 596, 146.

En crédit (droite) : Louise Labé remet, le 4 avril 1552, 400 écus d’or au soleil à Leonardo Spina (gouverneur de la banque Salviati de Lyon), qui lui remet en échange une reconnaissance de dettes (« cédule ») recopiée au registre des Ricordanze, folio 14.
En débit (gauche) : le 6 avril, les Salviati placent la somme sur le marché du dépôt après en avoir déduit les frais de courtage (6 sous et 3 deniers) et de commission double (1 écu, 5 sous et 6 deniers). Les Salviati prélèvent des frais de courtage car ils se chargent de trouver un emprunteur et prélèvent des frais de commission à trois pour mille (et non 2 pour mille qui est la norme) car ils se portent garants de la somme via la clause du « del credere ». Cette clause signifie que si l’emprunteur que les Salviati ont trouvé ne rembourse pas son emprunt, les Salviati rembourseront de toute manière Louise Labé et lui paieront les intérêts. En pratique les Salviati ne trouvent pas un emprunteur particulier pour chaque somme placée dans leur banque. Ils compensent plutôt de manière globale dans leur compte de dépôt toutes les sommes placées et empruntées par différents clients lors d’une même foire.   

4. Foire de Pâques 1552 : AS 596, 300 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pise, AS 596, 300

En crédit (droite) : Le 14 juillet 1552, les Salviati créditent le compte courant de Louise Labé au Livre des Commettants de 419 écus, 10 sous et 2 deniers de marc après avoir débité le montant de son dernier dépôt de son compte à part de dépôt au Grand Livre, conformément aux principes de la partie double. Cette somme correspond toujours au même dépôt originel de 400 écus d’or que Louise Labé laisse dans la banque Salviati et qui se gonfle des intérêts de foire en foire.  
En débit (gauche) : Le 16 juillet 1552, les Salviati déduisent du précédent montant leurs frais de courtage et de provision, et créditent leur compte général de dépôt de la somme restante (417 écus, 17 sous et 8 derniers de marc). Le compte mentionne ouvertement le taux de l’intérêt (2%) et la somme qui devra être créditée au compte de Louise Labé lors de la prochaine foire (426 écus, 4 sous et 9 deniers de marc).

5. Foire d'août 1552 : AS 597, 43 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pise, AS 597, 43

En crédit (droite) : le 3 novembre 1552, Louise Labé doit recevoir 425.4.9 écus de marc en vertu de son dépôt qu’elle renouvelle toujours de foire en foire.
En débit (gauche) : le 5 novembre 1552, le dépôt dont sont déduits les frais de courtage et de provision est renouvelé au taux d’intérêt de 2%. Louise Labé devra donc toucher 433.2 écus de marc lors de la prochaine foire de Toussaint 1552.

6. 1552 : AS 591, 359 (Compte de temps de Louise Labé, Grand Livre)

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Archivio Salviati, Pise, AS 591, 359

Il s’agit d’un « compte de temps » dans lequel sont enregistrées les sommes dues à Louise Labé mais non encore réglées par les Salviati. Le « temps » ici représente donc la relation de crédit.
En crédit (droite), on voit ici que Louise Labé a donné (doit recevoir) 500 écus d’or au soleil en foire de Toussaint 1552, et 1000 écus en foire des Rois 1553. Ces sommes ont été placées pour elle sur le marché des emprunts royaux pour être remboursées à la foire suivante. Les Salviati ne mentionnent ici que le capital des sommes placées et non l’intérêt que touchera Louise Labé. En débit (gauche) dans ce compte apparaissent les mêmes sommes qui sont débitées de ce compte pour être créditées au compte courant de Louise Labé dans le Livre des Commettants, conformément aux principes de la partie double.    

7. Foire de Toussaint 1552 : AS 597, 183 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pise, AS 597, 183.

En crédit (droite) : le 21 janvier 1552 [= 1553], Louise Labé doit recevoir 433.2 écus de marc en vertu de son dépôt qu’elle renouvelle toujours de foire en foire. Louise Labé doit aussi recevoir 40 écus d’or au soleil (l’équivalent de 40.17.9 écus de marc) en vertu de son placement de 500 écus d’or au soleil sur les emprunts royaux, qui rapporte donc un taux d’intérêt de 8% explicitement mentionné ici. Le compte reste débiteur de 62.8.4 écus qui sont crédités ici pour ajuster le compte et seront débités au prochain folio du compte courant.
En débit (gauche) : le 21 janvier, Louise Labé retire l’équivalent de 24.4.3 écus de marc en espèces dans la banque Salviati. Le lendemain, le 22 janvier, les Salviati prêtent pour elle en leur nom 500 écus au soleil (l’équivalent de 511.2.2 écus de marc) au roi de France jusqu’à la prochaine foire des Rois. L’obligation d’une somme totale de 89 375 écus au soleil est passée devant le notaire Nicolas Dorlin, et le compte du receveur général de la circonscription lyonnaise, Martin de Troyes, est débité de cette somme au Livre de Foires. Dernière ligne : frais de commission débités sur ces opérations. 

8. 1552-1553 : AS 591, 251 (Compte à part de dépôt de Louise Labé, Grand Livre)

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Archivio Salviati, Pise, AS 591, 251

En crédit (droite) on voit les sommes que les Salviati doivent à Louise Labé lors de chaque foire successive (Apparition 1552, Pâques 1553, Août 1553) en vertu du placement initial de 400 écus d’or que Louise Labé a fait en foire de Pâques (4 avril) 1552. Les intérêts calculés au taux du dépôt s’accumulent de foire en foire. En débit (gauche), les mêmes sommes apparaissent car elles sont débitées de ce compte « à part de dépôt » pour être créditées dans le compte courant de Louise Labé au Livre des Commettants, conformément aux principes de la partie double. Louise Labé se retrouve donc créditrice de ces sommes vis-à-vis des Salviati dans son compte courant au livre des Commettants.

9. 20 janvier 1553 : AS 593, f. 208v (section "Sortie" des Entrées et Sorties)

images archive Salviati AS 593 f. 208v

Archivio Salviati, Pise, AS 593, f. 208v

Le 20 janvier 1552 [= 1553], les Salviati chargent Gugliemo de Ricci de remettre l’équivalent de 24 écus de marc, 4 sous et 3 deniers à Louise Labé. Cette transaction est aussi enregistrée dans le compte courant de Louise Labé au Livre des Commettants, f. 183.

10. Foire des Rois 1553 : AS 597, 323 (Compte courant de Louise Labé au Livre des Commettants)

images archive Salviati AS 597 323 gauche image archive Salviati AS 597 323 droite

Archivio Salviati, Pise, AS 597, 323

En crédit (droite) :
•    Le 15 avril 1553, Louise Labé doit recevoir 500 écus au soleil, équivalent du capital qu’elle a prêté au roi de France.
•    Les Salviati pensent aussi que le « don » du roi (l’intérêt) sur cette opération rapportera 20 écus au soleil, qui sont donc crédités ici juste après le capital. Louise Labé doit aussi recevoir des Salviati 40 écus au soleil d’intérêt qui ont effectivement été payés par le roi et que les Salviati doivent lui rémunérer.
•    Le 22 avril 1553, Louise Labé place 400 écus au soleil au comptant dans la banque Salviati.
•    Ce compte reste débiteur de 105.7.1 écus de marc.

En débit (gauche) :
•    Le reste débiteur du compte précédent est débité ici.
•    Le 25 avril 1553, les Salviati prêtent 1000 écus au soleil pour le compte de Louise Labé au roi de France et obtiennent une obligation de Pierre Dorlin portant sur la somme totale de 123 850 écus au soleil.
•    Les Salviati débitent leurs frais de provision dans lesquels sont inclus les frais de consul.  

11. 20 avril 1553 : AS 593, f. 145v (section "Entrées" du livre des Entrées et Sorties)

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Archivio Salviati, Pise, AS 593, f. 145v

Le 20 avril 1553, Louise Labé a donné 400 écus d’or au soleil à Leonardo Spina, le gouverneur de la banque Salviati de Lyon, qui lui a en échange fourni une reconnaissance de dette (cedola) « en plus de l’autre » (visiblement une référence à la reconnaissance de dette du 20 janvier 1552). 

12. 9 mai 1553 : AS 599, f. 2r (copie de reconnaissance de dette pour Louise Labé)

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Archivio Salviati, Pise, AS 599, f. 2r

Traduction :

Copie d’une cédule [reconnaissance de dette] faite pour Louise Labé, dite la Cordière, le 9 mai 1553
Nous Averard Salviati et Compagnons de Lyon confessons avoir en notre nom, au crédit du Roi Très Chrétien, mille écus au soleil. Le roi a jusqu’à présent [« par le passé »] rémunéré [les prêts] au taux de 4% par foire. Lesdits mille écus de crédit en l’état appartiennent à dame Louise Labé, femme d’Ennemond Perrin, cordier, que nous promettons de rembourser quand elle le voudra [« à son bon plaisir »], à elle directement ou à qui elle voudra, dans l’état où ils sont et seront. Jusque-là [cette somme] restera en notre nom, et nous lui ferons bon du principal et des intérêts de foire en foire, à mesure que nous les recevrons de Sa Majesté, en commençant aux prochains paiements de la [précédente] foire de Pâques.
Nous avons souscrit cette cédule de notre main en toute bonne foi le 9 mai 1553.
Averardo Salviati et Compagnons de Lyon
Reçue et barrée

Notes :

- le "remboursement" dont il s'agit consiste à transporter l'obligation à un nouveau créditeur, qui prendra la place de Louise Labé dans cet emprunt, afin que celle-ci soit remboursée.

- la copie de la reconnaissance de dette est barrée par une diagonale pour indiquer que la cédule a bien été remise à sa destinataire.

13. Foire de Pâques 1553 : AS 598 8 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pise, AS 598, 8

En crédit (droite) :
•    Le 12 juillet 1553, Louise Labé doit recevoir 1000 écus au soleil, en vertu de son prêt au roi de France qu’elle continue de renouveler.  
•    Les Salviati pensent aussi que le « don » du roi (l’intérêt) sur cette opération au taux de 4% rapportera 40 écus au soleil, qui sont donc crédités dans ce compte.  
•    Reste débiteur de ce compte : 66.14.5 écus de marc, débités au prochain folio.

En débit (gauche) :
•    Reste débiteur du compte de Louise Labé au livre des commettants précédent est débité ici (105.7.1 écus de marc).
•    Le 11 juillet 1553, Louise Labé renouvelle son emprunt de 1000 écus au roi de France. A noter que les intérêts ne sont pas composés et portent toujours sur la somme de 1000 écus de foire en foire.
•    Les Salviati débitent leurs frais de provision dans lesquels sont inclus les "frais de consul" (la taxe payée au consul de la nation florentine).

14. Foire d'Août 1553 : AS 598, 183 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

image archive Salviati AS 598 183 gauche image archive Salviati AS 598 183 droite

Archivio Salviati, Pise, AS 598, 183

En crédit (droite) :
•    Le 16 novembre 1553, Louise Labé doit recevoir 1000 écus au soleil, en vertu de son prêt au roi de France qu’elle continue de renouveler.  
•    Les Salviati pensent aussi que le « don » du roi (l’intérêt) sur cette opération au taux de 4% rapportera 40 écus au soleil, qui sont donc crédités dans ce compte.  
•    Reste débiteur de ce compte : 28.6.10 écus de marc, débités au prochain folio.

En débit (gauche) :
•    Reste débiteur du compte de Louise Labé au folio précédent (folio 8) est débité ici (66.14.5 écus de marc).
•    Le 27 novembre 1553, Louise Labé renouvelle son emprunt de 1000 écus au roi de France. Paiement à Martin de Troyes et obligation devant le notaire Nicolas Dorlin.
•    Les Salviati font cette fois-ci payer à Louise Labé des frais (5 sous de marc) sur l’obligation passée devant le notaire Nicolas Dorlin, bien que cette obligation porte sur une somme totale de 147 425 écus et inclue donc les prêts d’autres acteurs.
•    Les Salviati débitent leur frais de provision dans lesquels sont inclus les "frais de consul".

15. Foire de Toussaint 1553 : AS 598, 320 (Compte courant de Louise Labé, Livre des Commettants)

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Archivio Salviati, Pise, AS 598, 320 droite

En crédit (droite) :
•    Le 27 février 1553, Louise Labé doit recevoir 1000 écus au soleil, en vertu de son prêt au roi de France qu’elle continue de renouveler.  
•    Les Salviati pensent aussi que le « don » du roi (l’intérêt) sur cette opération au taux de 4% rapportera 40 écus au soleil, qui sont donc crédités dans ce compte.  
•    Les Salviati créditent dans le compte de Louise Labé les frais de provisions qu’ils lui ont précédemment prélevés. Les raisons de cette exemption de frais de commission ne sont pas claires. Soit les Salviati s’étaient auparavant mis d’accord avec Louise Labé mais ont néanmoins tenté de prélever des commissions, ce dont elle s’est par la suite rendu compte. Soit l’accord concernant les frais de commission est récent et rétroactif.

En débit (gauche) :
•    Reste débiteur du compte de Louise Labé au folio précédent (folio 183) est débité ici (28.6.10 écus de marc).
•    Le 6 mars 1553, Louise Labé renouvelle son emprunt de 1000 écus au roi de France. Les Salviati remettent la somme à Zacharie Gaudart, receveur général à Lyon. Obligation devant le notaire Nicolas Dorlin.
•    Le 27 avril 1554 en foire de Pâques, Louise Labé reçoit l’équivalent de 20 écus de marc, 8 sous et 10 deniers en espèces comme partie du remboursement de son prêt de 1000 écus au roi de France. Ce piètre remboursement semble indiquer que le prêt est systématiquement renouvelé simplement parce que le roi ne rembourse jamais.

16. Foire de Pâques 1554 : AS 601, f. 81r (Entrées et Sorties)

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Archivio Salviati, Pise, AS 601, f. 81r

En foire de Pâques 1554, Louise Labé a reçu 20 écus au soleil en espèces de Giovan Battista Bartolomei, caissier des Salviati, qui sont inscrits sur ou déduits de (en tant que remboursement partiel) l’obligation de 1000 écus au soleil que les Salviati ont vis-à-vis de Louise Labé en raison de son investissement dans les emprunts royaux. Le roi a apparemment remboursé la somme totale de 120 écus au soleil (le reste revenant à d’autres prêteurs).

17. 1554 : AS 604, 66 (Compte de temps de Louise Labé, Grand Livre)

image archive Salviati AS 604 66 gauche image archive Salviati AS 604 66 droite

Archivio Salviati, Pise, AS 604, 66

Il s’agit du second et dernier « compte de temps » dans lequel sont enregistrées les sommes dues à Louise Labé mais non encore réglées par les Salviati au moment de la fermeture de leur banque en 1553. Le prêt de 1000 écus que Louise Labé a consenti au roi de France en foire des Rois 1553 est sans cesse renouvelé de foire en foire pendant un an, jusqu’à la foire des Rois 1554, date à laquelle les Salviati, qui soldent tous leurs comptes après la fermeture de leur banque, transfèrent cette dette de 1000 écus dans la banque de Piero Salviati à Lyon, qui apparemment succède à (ou fusionne avec) l’ancienne banque d’Averardo et Piero à ce moment-là. Les livres de la banque Piero Salviati de Lyon n'ont pas été identifiés à ce jour.

 

L'autonomie financière : les investissements dans la Dombes

On ne connaît pas la date du décès d'Ennemond Perrin. On a parfois pensé qu'il avait dû survenir avant la publication des Euvres, dans la mesure où l'extrait du privilège royal accordé à Louise Labé ne mentionne pas son mari : mais nous venons de voir que le fait d'être mariée n'interdisait nullement à cette dernière de se comporter, socialement et économiquement, de manière autonome.

Elle est sans doute veuve, en revanche, lorsqu'elle réalise des acquisitions dans la Dombes, au nord de Lyon, entre 1557 et 1562. Les actes eux-mêmes, établis par les notaires Farjon et Dufour à Trévoux, n'ont pas pu être retrouvés, mais ces acquisitions sont mentionnées avec précision dans des actes établis après le décès de Louise Labé par le notaire Delaforest, à la demande de ses divers légataires. On apprend ainsi qu'à son décès, Louise Labé possède, à Parcieux et à Saint-Jean-de-Thurigneux, deux "granges", propriétés agricoles placées en métayage, incluant parfois des "maisons des champs". Le testament de Labé décrit la propriété de Parcieux, en distinguant la maison du métayer et celle "où ladite testatrice a accoutumé habiter". Ces investissements sont conformes, à partir des années 1550, aux pratiques des plus riches "marchands et bourgeois lyonnais", qui compensent ainsi le fait de ne pas posséder de "seigneuries" rémunératrices. L'historien Richard Gascon [1971, p. 850] a pu identifier par les archives lyonnaises 66 "granges", entre 1550 et 1580, dont les deux que possède Louise Labé.

1. Acquisitions 1557 et 1560 : ADR 3E 4159, f. 142v-147v.

image archive 1557 ADR 3E 4159 142v Transcription : à venir
image archive ADR 3E 4159 143r  
image archive ADR 3E 4159 143v  
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image archive ADR 3E 4159 f. 146v  
image archive ADR 3E 4159 147r  
image archive ADR 3E 4159 147v  

ADR 3E 4159, f. 142v-147v.

 

2. Acquisitions 1560 : ADR 3E 4159, f. 24r-25v.

image archive ADR 3E 4159 f. 24r Transcription : à venir
image archive ADR 3E 4159 f. 24v  
image archive ADR 3159 f. 25r  
image archive ADR 3E 4159 25v  

ADR 3E 4159, f. 25r-25v

 

La taxation lyonnaise (1562-1563)

Désormais veuve, Louise Labé apparaît sous son nom dans deux documents établissant la liste des notables lyonnais contributeurs d'un impôt exceptionnel lié à la crise politique de 1562-1563. Sa contribution s'élève à 50 livres : les contributions les plus hautes sont de 1250 livres, tandis que les artisans sont imposés entre 5 et 20 livres.

image archive AML CC1110 13r

AML CC 1110, f. 13r

 

AML CC 1111, f. 3r

 

Le testament (28 avril 1565)

Louise Labé dicte son testament le 28 avril 1565 à Lyon, dans la maison de Tomaso Fortini, devant le notaire Delaforest. On connaît ce testament par des copies réalisées par le notaire juste après le décès, à la demande des héritiers. L'original (qui avait été signé par la testatrice) n'a pas été conservé.

image 1 testament Labé ADR 3E 4158 f. 250v

Testament Charlin

[en marge : Loyse Charlin dite Labbé]

 

Au nom de Dieu, amen. À tous ceulx qui ces presentes lettres verront, nous, garde du seel commun royal estably aux contractz és bailliage de Mascon et seneschaulcee de Lyon, scavoir faisons que, par devant moy Pierre de La Forest, notaire et tabellion royal à Lyon dessoubz signé, et en presence des tesmoingtz aprés només, [fut, barré] a esté presente dame Loyse Charlin dicte Labbé, vefve de feu sire Ennemond Perrin, en son vivant bourgeois cytoien habitan à Lyon, laquelle saichant, de son bon gré, certaine science et pure volunté, sans force ny contraincte mais de sa liberalle volonté, considerant qu’il n’est rien si certain que la mort ne moingtz incertain que l’heure d’icelle, ne voulant de ce monde deceder sans tester et ordonner des biens qu’il a pleu à Dieu luy donner en ce mortel monde affin que, aprés son decés et trespas, different n’en advient entre ses successeurs, à ces causes et aultres considerations à ce la mouvant, ladicte testatrice, aprés avoir revocqué comme elle revocque, casse et adnuelle tous et chacuns ses aultres testamens qu’elle pourroit cydevant avoir faictz de bouche ou par escript, eux avoir declairé comme elle declaire que ce present son testament soit vallable par forme de testament nuncupatif , testament solempnel, par forme de codicille, donnation à cause de mort et aultrement comme mieulx il pourra et debvra valloir selon les droictz, loix et canonicque pantions et costumes introduictes en faveur des testateurs, a faict son testament et ordonnance de derniere volunté de tous et chacuns ses biens, meubles, immeubles, presens et advenir quelzconques en la forme et maniere que s’ensuit. Et premierement ladicte testatrice, comme bonne et loyalle chrestienne, a recommandé son ame à Dieu le createur, le priant que par la mort et passion de son seul filz Jhesus Christ, recepvoir son ame et la colloquer en son royaulme de Paradix par l’intercession de sa trés sacré mere, sainctz et sainctes , et pour à ce parvenir c’est munie du sing  de la croix †, disant : Au nom du Pere et du Filz et du Sainct Esperit. Item  ladicte testatrice, ou  cas qu’elle decedde en ceste ville de Lyon, eslict la sepulture de son corps en l’eglise Nostre-Dame de Confort,

image 2 testament Labé ADR 3E 4158 f. 251r et où elle deceddera alhieurs, veult estre enterree en la parroisse du lieu où elle deceddera, et veult estre enterree sans pompe ne supersticions, assavoir de nuict, à la lanterne, acumpaigné de quatre prebstres, oultre les porteurs de son corps, et ordonne estre dictes, en l’esglize du lieu où elle decedera, une grand messe à diacre et soubzdiacre et cent petites messes , continuellement jusques à huict jours aprés son decés, et veult que semblable service soit faict l’an revolu de sondict decez, et donne à l’esglise où elle sera enterree la somme de cent livres pour une foys, assavoir vingt cinq livres pour faire lesdicts services et le reste pour emploier en repparations, laquelle somme elle veult estre poyee esdicts deserviteur[s] , assavoir douze livres dix solz aprés son decez, aultre douze livres dix solz pour ledict service, avec le surplus desdictes cent livres pour lesdictes repparation dans l’an aprés son decés que ledict service sera faict. Item ladicte testatrice, esmeue de devotion, a doté, fondé et legué en ladicte esglise de Parcyeu en Dombes une pension annuelle et perpetuelle d’une asnee  vin et une asné bled froment, bon, pur et marchant, mesure dudict lieu, laquelle pension elle impose sur sa grange et tenement  qu’elle a audict lieu de Parcieu en Dombes, et veult estre poyé ausdicts deserviteurs par chacun an, à chacune feste Sainct-Martin d’hiver, à commencer à la prochayne feste Sainct-Martin aprés le decez de ladicte testatrice, à la charge que lesdicts deserviteurs et leurs successeurs seront tenuz dire et cellebrer perpetuellement par chacune sepmaine une messe basse en ladicte esglise à son intention et de ses parens et amys, à commancer dans la sepmayne aprés son decés. Item ladicte testatrice, pour cherité, pitiee et aulmosne, a donné et legué aux pouvres la somme de mil livres de fondz, avec les dons et proffictz de cinq pour cent ou aultre proffict qu’il plaira au roy donner à cause de ladicte somme, à icelle prendre sur le credict de plus grand somme qu’elle a au grand party du roy, soubz le nom du sieur Thomas Fortin, et duquel elle a cedulle , lequel credict doibt estre assigné sur la ville de Rouan à raison de cinq pour cent, laquelle somme de fondz ou dons et revenuz ladicte testatrice veult estre distribué ausdicts pouvres par ledict Fortin, lequel elle prie d’en prendre la charge, et aprés le decez d’iceluy Fortin et où ladicte somme
image 3 testament Labé ADR 3E 4158 f. 251v par luy n’auroit esté distribuee, en laisse la charge aux recteurs de l’Aulmosne generalle  de ceste ville de Lyon, ainsi que lesdicts Fortin [corrigé en Fourtin dans l’interligne] et recteurs verront estre plus charitable. Item ladicte testatrice a donné et legué, pour ayder à marier trois pouvres filles, à chacune la somme de cinquante livres tournois, à prendre sur les premiers deniers de la rente du reste de sondict credict du roy, en laissant la nomination et eslection desdictes trois povres filles audict Fortin, et où ledict Fourtin deceddera avant ladicte testatrice, ou aprés elle sans faire ladicte nomination, eslection, distribution et delivrance desdicts deniers, ladicte testatrice en laisse la charge ausdicts recteurs de l’Aulmosne generalle à Lyon. Item ladicte testatrice a donné et prelegué en precipud  et advantaige à Pierre Charly dict Labbé, son nepveur et l’ung de ses heritiers aprés nommez, le reste des deniers que icelle testatrice a audict grand party  soubz le nom dudict sieur Thomas Fourtin, qu’est tout ce que reste desduict les mil livres leguez ausdicts pouvres et les cent cinquante livres tournois soict les dons leguez pour marier pouvres filles, pour dudict reste d’icelluy credict, tant de principal  que de dons, faire et disposer par ledict Pierre Charly comme de sa chose propre, et sans ce qu’il soit tenu le rapporter ou conferer à la masse d’hoirie  de ladicte testatrice avec ses heritiers ou coheritiers, le faisant en ce son heritier particullier. Item ladicte testatrice a donné et legué à quatre filles d’ung nommé Villardz, de Parcyeu, son voisin, à chacune d’elles une robbe jusques à cinq livres tournois , lesquelles leur veult estre delivrees où elles survivront à ladicte testatrice, incontinent aprés son decés et trespas, par une foys et non aultrement. Item ladicte testatrice donne et legue à Anthoinette, femme de Pierre Valliaud [ou Valliand], tissotier , jadiz servante de ladicte testatrice, la somme de cent livres tournois, laquelle luy veult estre poyé par une foys aprés le decez de ladicte testatrice. Item donne et legue icelle testatrice à une sienne chambriere qu’elle a de present, nommé Pernette, jeune fille, la somme de cinquante livres,
image 4 testament Labé ADR 3E 4158 f. 252v laquelle luy veult estre poyee par une foys lors qu’elle sera mariee, et, cas advenant que ladicte Pernette decedera sans estre mariee, donne et legue ladicte somme aux pouvres à la nomination  dudict Fourtin, et aprés luy desdicts recteurs. Item donne et legue icelle testatrice à aultre Pernette, sa vielle chambriere, qu’elle tient à la grange de Parcyeu, une pension viagiere de dix livres, d’ung poinsson  de trois asnés vin et d’une asné bled froment, le tout bon, pur, nect et marchant, mesure dudict lieu, laquelle veult estre poyé à ladicte Pernette, et tant qu’elle vivra, par sesdicts heritiers et substituez aprés nommez, par chacun an à commancer aprés le decez d’icelle testatrice, declairant icelle testatrice avoir dix huict livres tournois appartenant à ladicte Pernette, tant pour reste de ses gaiges que deniers qu’elle luy a balhé en garde, laquelle somme luy veult estre restitué aprés le decez de ladicte testatrice. Item ladicte testatrice a donné et legué à Jaquemo Ballesson, jadis son jardinier, lequel demeure en la parroisse de Parcyeu, une pension annuelle et viagiere de deux asnez bled fromant, bon, pur et marchant, mesure dudict lieu, laquelle elle veult estre poyé audict Jaquemo et à ses enfans, tant qu’ilz vivront et non plus oultre, à commancer aprés le decez de ladicte testatrice, et veult et entend icelle testatrice que ladicte penssion puisse estre reachaptee par ses heritiers et substituez, en poyant par une foys audict Ballesson ou à sesdicts enffans la somme de cent livres tournois, quant bon semblera esdicts heritiers. Item ladicte testatrice a donné et legué à Claude Chounet son serviteur, par une fois, la somme de dix livres tournois, laquelle luy veult estre poyé aprés son decez, declairant estre debitrice audict Chonet de trente livres tournois, tant pour reste de ses gaiges que pour denniers qu’il luy a baillé en garde, lesquelles trente livres tournois luy veult estre restitué aprés sondict decés. Item ladicte testatrice donne et legue à Benoist Frotte, son grangier  dudict lieu de Parcieu, la somme de dix livres tournois, à la femme dudict grangier et à la mere de sa grangiere à chacune une cotte  jusques à cinq livres tournois, lesquelles leur veult estre poyé respectivement aprés son decez.
image 5 testament Labé ADR 3E 4158 f. 252v Item ladicte testatrice, pour bonnes considerations à ce la mouvant, a donné et legué, donne et legue par ces presentes audict sieur Thomas Fourtin, marchant florentin, demeurant audict Lyon, les usuffruictz, proffictz, revenuz et jouissance de sa grange et tenement qu’elle a audict lieu de Parcieu, en quoy que ladicte grange conciste, soit en mesonnaiges , bastimens, jardins, fondz, heritaiges et immeubles quelzconques, et tant celle où ladicte testatrice a accostume habiter que celle où elle tient son grangier, avec toutes les pensions que sont deues à ladicte testatrice audict lieu de Parcieu que lieux circonvoysins, que peuvent monter jusques à la quantité de vingt asnés bled par chacun an ou environ, pour en jouir et user par ledict Fourtin et les siens, et aultres qu’il plairra audict Fourtin legataire ordonner aprés son decés, pendant et durant le temps de vingt ans continuelz et subsecutifz à compter du jour du decez de ladicte testatrice ; tant seulement et oultre ce, donne et legue audict Fourtin et aux siens susdicts, pendant ledict temps de vingt ans, l’usaige et jouissance des biens meubles d’icelle testatrice, comme bestail, foins, bledz, vins, bois et aultres choses qui se trouveront en nature lors du decez d’icelle testatrice, de quelque qualité, nature et conditions qu’ilz soyent estant et qu’ilz seront, tant en sadicte grange que celle où habite sondict grangier audict lieu de Parcieu, et veult et entend icelle testatrice que ledict Fourtin legataire et les siens susdicts puissent, incontinent et aprés le decez de ladicte testatrice, prendre et apprehender la possession et jouyssance reelle et actuelle des choses ci dessus leguez d’auctorité privee, sans cognoyssance de cause, benefice d’inventaire  ne aultre requisition, mais prohibe et deffend expressement à sesdicts heritiers et successeurs aprés nommez et à tous aultres de n’empescher ledict Fourtin et les siens susdicts en ladicte possession et jouissance desdictes maison et grange,
image 6 testament Labé ADR 3E 4158 f. 253r en l’estat qu’elle sera lors dudict decés, et tout ainsy qu’elle se trouvera meublee et garnie, et sans ce que icelluy Fourtin, comme usuffruicteur ou aultrement, soit tenu prester aucune eviction, ne prester et rendre aucun compte et reliqua desdicts blez et meubles ; et à ces fins, venant le decez de ladicte testatrice, icelle testatrice, pour le faict dudict usuffruict, a transferé et transporté en la personne dudict Fourtin et des siens susdicts tous droictz et propriété de possession pour le temps susdict, et ou  cas que ses heritiers soubz nommez vinssent à troubler ou empescher ledict Fourtin et les siens susdicts en la jouissance actuelle desdicts biens leguez, ou qu’ilz le voulsissent  contraindre à faire inventaire, bailher caution ou de les prendre par les mains desdicts he[ritiers] , en ce cas ladicte testatrice a revocqué et revoq[ue] l’institution d’heritier faicte au proffict de sesdicts h[eritiers] aprés nommez, et en ce cas a institué et ins[titue] et nomme de sa propre bouche ses heritiers uni[versels] en tous sesdicts biens les pouvres de l’Aulmosne g[eneralle] de ceste ville de Lyon, car telle est la volunté d’[icelle] testatrice. Item donne et legue à Germain Borgne, de Cahors, courdonnier, habitant à Lyon, quatre asnez bled froment, bon, pur et marchant, lesquelz luy veult estre delivré aprés son decez. Item ladicte testatrice a donné et legué et par droict d’institution à tous autres pretendans et aians droict sur sesdicts biens, la somme de cinq solz tournois, laquelle leur veult estre poyé et à chacun d’eulx par une foys aprés le decez d’icelle testatrice, et à ce les a faictz et instituez et chacun d’eulx ses heritiers particulliers, sans pouvoir aultre chose quereller ne demander sur sesdicts biens. Item ladicte testatrice a declairé et declaire estre debitrice des sommes suyvans, assavoir à maistre Jaques [blanc laissé dans le texte], appoticayre à la Grenette, de huict livres ou envyron, de Benoist Bertrand, en rue Salnary , d’autre huict livres pour vente de carrons  et pisé de [blanc laissé dans le texte] soixante livres tournois, pour reste
image 7 testament Labé ADR 3E 4158 f. 253v d’une terre que modernement elle acquist de luy. Item et finalement ladicte testatrice, au residu  de tous et chacuns sesdicts biens meubles et immeubles, presens et advenir quelzconques desquelz elle n’a cy dessus disposé ne ordonné, a faict, constitué, creé et nommé, et par ces presentes faict, constitue, cree et nomme de sa propre bouche ses heritiers universelz, assavoir ses bien aimez Jaques Charlin, dict Labbé, et ledict Pierre Charlin, son frere, nepveurs de ladicte testatrice et enfans de feu Françoys Charlin, dict Labbé, son frere, demeurans à Lyon, et chacun d’eulx par moictié et esgalle portion, et leurs enffans masles naturelz et legitimes, et de chacun d’eulx ; et cas advenant que sesdicts nepveurs heritiers susdicts ou leurs enfans masles vinssent à decedder sans enffans masles legitimes, oudict cas et icelluy advenant, ladicte testatrice a substitué et substitue en tous sesdicts biens les filles descendans du degré de sesdicts heritiers, pour jouir par elles des biens de ladicte testatrice leur vie et de chacune d’elles durant, et aprés le decez de sesdicts nepveurs et heritiers ou de leurs enffans masles et de leursdictes filles, ou cas que sesdicts nepveurx ou leurs enffans masles decceddassent sans enffans masles, oudict cas et icelluy advenant, ladicte testatrice a substitué et substitue en sesdicts biens les pouvres de l’Aulmosne generalle de ceste ville de Lyon, à la charge de payer et acquiter ses debtes, legatz et faictz funeraires sus declairés, accomplir sans aulcune exception ne figure de procés, declairant par expres  ladicte testatrice qu’elle n’a vollu n’entendu, mais a expressement prohibé et deffendu et deffend par ces presentes, tant à sesdicts heritiers que substituez, l’alienation de ses biens ou parties d’iceulx, et toute distraction de quarte trebelianique , par ce qu’elle veult sesdicts biens estre conservez en sa maisson et famille pour, en deffault d’icelle,
image 8 testament Labé ADR 3E 4158 f. 254r

parvenir ausdicts pouvres, en faveur desquelz ladicte prohibition a esté par elle faicte. Executeur de ce present son testament ladicte testatrice a faict et faict par ces presentes ledict sieur Thomas Fourtin, auquel elle donne pouvoir et puissance de prendre de sesdicts biens pour l’entier accomplissement de cedict present son testament, priant et requerant ladicte testatrice les tesmoingtz aprés nommez d’estre recourdz  de ceste sa presente ordonnance de derniere volunté, la tenir secrette jusques à ce qu’il plairra à Dieu l’avoir appellé, et apprés en pourter bon tesmoignage en temps et lieu, priant et requerant aussi le notaire tabellion royal dessoubz signé de la rediger par escript, la minuter  et estandre au long la substance du faict non muee, et aprés en faire expedition  à qui appartiendra moyennant salayre competant. Faict et passé audict Lyon, en la maison d’habitation dudict sieur Thomas Fourtin, ladicte testatrice estant au lict mallade, le sabmedy vingt huictiesme jour d’apvril mil cinq cens soixante cinq, presens Bernardo Rappety, Anthoine Panfi [ou Pansi], florentins, Martin Prevost, appoticayre, Me Claude Alamanni, maistre és ars, Germain Vargue, cordannier, Pierre Maliquet, costurier, Claude Panissera, piedmontoys, tous demeurans audict Lyon, tesmoingtz appellez et requiz.

Expedié est au proffict dusdict Jacques Charlin, coheritier susdict, et des siens par moy notaire et tabellion royal dessusdict, tesmoingt mon signet manuel cy mis et qui est tel.
        Delaforest

Et aussi expedié au proffict dusdict Fortin et des siens par moy notaire royal dessusdict.
        Delaforest

Expedié est ausdicts recteurs.
        Delaforest

 

ADR 3E 4158, f. 250v-254r (transcription Sophie Malavieille, Archives du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon)

Il existe une autre copie du testament (ADR 3E 4158, f. 231v-234r), ainsi que trois autres copies partielles : ADR 3E 4159, f. 136v-138r ; 3E 4161, f. 73v-74v ; 3E 4158, f. 294r-295r.

Le décès et la succession

Louise Labé meurt à Parcieux au début du mois de février 1566. Outre les copies du testament, de nombreuses archives demeurent concernant sa succession. Dans les mois qui suivent le décès (août 1566), on voit ainsi Tomaso Fortini payer Claude de Bourg, tailleur de pierre de Bourg-en-Bresse, "pour avoir taillé une  pierre de tombeau et sur icelle fait les écriteaux et armes de feue la dame Loyse Charly".

image archive 1566 tailleur de pierre 3E 4167

Ledict jour [le XXXe aoust 1566]
[ Fourtin ]

Claude de Bourg, talhieur de pierre de Bourg en Bresse demeurant / à Lyon, confesse avoir receu du sieur Thomas Fourtin, citoyen / florentin demeurant à Lyon, present, la somme de douze livres dix / solz t. pour avoir talhé une pierre de tombeau et / sur icelle faict les escripteaux et armes de feue la dame / Loyse Charly pour icelle envoyer sur sa tombe à / Percyeu, … desdicts XII l. X s. ledict De Bourg s’en / contente et en quicte ledict Fortin et les siens …
Faict à Lyon …

 

ADR 3E 4167 (transcription : Sophie Malavieille)

Le 23 février 1569, Fortini paie également les sommes dues à Jeanne Charrière, "jadis servante de feue dame Loyse Charlin" :

image archive 1569 servante  3E 4172, 119v Transcription : à venir
image archive 1569 servante ADR 3E 4172 120r  

ADR 3E 4172, f. 119v-120r.

 

Luminaire de Parcieux

image archive ADR 3E4161 73v image archive 3E4161 74r

3E 4161, f. 73v-74v.

 

Dans les années qui suivent, c'est l'Aumône générale qui va finalement gérer l'ensemble des biens légués par Louise Labé, d'abord à la suite des décès successifs de ses deux neveux, Pierre et Jacques, qui avaient hérité de la propriété lyonnaise et de celle de Saint-Jean-de-Thurigneux, puis à la suite du départ de Lyon de Tomaso Fortini, qui avait hérité du domaine de Parcieux. Les archives de l'Aumône générale conservent de nombreux documents concernant cette gestion (par exemple la location de la maison de Lyon à Jaume Roullet, tonnelier, et du jardin attenant à Sébastien Thévenard, marchand de Lyon : AML CH E 11 p. 24-26 et p. 39), puis la vente des biens :

- la propriété de Saint-Jean-de-Thurigneux ("laquelle fust de feue dame Loyse Charly dite Labbé") est vendue à Jean Bruyère, "crieur public à Lyon", en 1570, pour 800 livres tournois : AML CH B 283 f. 184r ; AML CH E 11, p. 6.

- celle de Parcieux est vendue à Hugues Dufour, notaire à Trévoux, en 1574, pour 5 000 livres tournois : AML CH E 13 f. 76 et f. 123-125.

- celle de Lyon ("la maison qui fut de la belle cordiere") est vendue à Claude Berthier, conseiller au parlement de Grenoble, en 1580, pour 2 000 livres tournois : AML CH E 19 p. 162 et CH E 19 p. 164.

 

Sources

- DAVIS, Natalie Zemon, Les Cultures du peuple. Rituels, savoirs et résistances au 16e siècle [1975], tr. M.-N. Bourguet, Paris, Aubier Montaigne, 1979.

- DOUCET, Roger , « Le Grand Parti de Lyon au XVIe siècle », Revue Historique, t. 171, 1933, p. 473-513 et t. 172, 1933, p. 1-41.

- GASCON, Richard , Grand commerce et vie urbaine au XVIe siècle : Lyon et ses marchands, 2 vol., Paris, S.E.V.P.E.N., 1971.

- LAZARD, Madeleine, Louise Labé, Paris, Fayard, 2004.

- MATRINGE, Nadia, La Banque en Renaissance. Les Salviati et la place de Lyon au milieu du XVIe siècle, PU Rennes, 2016.

- MATRINGE, Nadia, « Le dépôt en foire au début de l’époque moderne. Transfert de crédit et financement du commerce », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 72/2, 2017, p. 379-423.

- ORLANDI, Angela , Le Grand Parti. Fiorentini a Lione e il debito pubblico francese nel XVI secolo, Firenze, Leo S. Olschki, 2002.

- TRICOU, Georges , « Louise Labé et sa famille », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, V, 1944, p. 60-104.

- TRICOU, Jean , Armorial et répertoire lyonnais. 05. CAS-CHA, Paris, G. Saffroy, 1972.

- VARTY, Kenneth, « The Life and Legend of Louise Labé », Nottingham Mediaeval Studies, III, 1959, p. 78-108.