Les noms de Louise Labé

Dans les sources manuscrites ou imprimées du XVIe siècle, le nom de Louise Labé peut apparaître – comme c’est le cas pour tous ses contemporains – sous des formes variées, qui ne créent cependant aucun doute quant à l’identité de la personne, contrairement à ce qu’a suggéré récemment Mireille Huchon, en imaginant que le nom de l’autrice « fictive » du livre – « Louïze Labé » – devait être distingué de celui de la personne réelle – « Loyse Labbé ».

Les divers noms de Louise Labé témoignent de différents aspects de son identité : « Charly » est le nom de famille de son père Pierre, cordier ; ce Pierre Charly (ou « Charlin » ou « Charlieu ») est déjà « dit Labé » (ou « Labbé », ou « L’Abbé ») depuis son mariage avec la veuve de Jacques Humbert, lui-même cordier, qui utilisait déjà ce surnom (attaché soit à l’entreprise, soit à une fonction dans une confrérie), et ce surnom Labé est repris par Louise comme par ses frères ; le surnom « la Cordière » est attestée dans une archive bancaire en 1552, celui de « la Cordière de Lyon » également en 1552, celui de « Belle Cordière » en 1578 dans une archive de l’Aumône générale concernant la transmission de ses biens immobiliers.

La forme utilisée pour le titre du livre (« Louïze Labé Lionnoize ») est courante à l’époque, conforme aux usages de Jean de Tournes, qui a déjà imprimé des textes de « Noel Alibert Lyonnois », « Loys Meigret Lyonnois » ou « Lionnois »… Le choix de la forme avec un seul b ("Labé") témoigne du souci de simplification orthographique qui anime alors Jean de Tournes (qui se nomme lui-même « Jan » sur cette même page de titre), en particulier sous l’influence de Jacques Peletier du Mans.

Voici quelques-unes des formes prises par le nom de Louise Labé dans les archives (notariales, fiscales ou bancaires).

« Loyse Charly dict Labbé », 1551 (AML BB 71, f. 272v)

 

 « Loyse Charlotte Labé » [sans doute erreur de copie pour « Charly dite Labé »], 1551 (AML DD 160, f. 27v)

 

« donna Luisa Labé donna di Enemon Perrin detta la Cordiera », 1552 (AS 591, f. 251)