"P. D. T." / Pontus de Tyard

P.D.T.

Les initiales "P. D. T." qui signent le quatrième des « Escriz de divers Poetes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize » sont celles de Pontus de Tyard, poète pétrarquiste, pionnier du recueil amoureux français en sonnets puisqu’il publia à Lyon les Erreurs amoureuses à l’automne 1549, peu après le tout premier recueil français, L’Olive de Du Bellay, paru à Paris en mars 1549.

Dans les « Escriz », le sonnet de Pontus de Tyard suit celui de Maurice Scève (autre précurseur pétrarquiste avec Delie, object de plus haulte vertu, 1544) et précède les trois sonnets de Claude de Taillemont, s’intégrant donc à une séquence lyonnaise de louanges. Ce qui est plus singulier chez Tyard, c’est qu’il publie en même temps, en 1555 chez Jean de Tournes, ce même sonnet dans les Erreurs amoureuses augmentées d’une tierce partie. Les Erreurs amoureuses ont été régulièrement augmentées depuis 1549, dotées d’un livre supplémentaire en 1551, puis d’un nouveau en 1555, mais toujours fidèlement adressées à la même Pasithée, dame qu’il a promis de « servir, estimer et adorer perpétuellement » (« À sa dame », 1549). Le sonnet 12 du troisième livre, en 1555, est cependant dissonant puisqu’il émet l’hypothèse d’une dame rivale, qui obligerait le poète à partager son cœur. Dans les Erreurs amoureuses, la dame rivale de Pasithée reste anonyme, alors que dans les Euvres de Louise Labé, le même sonnet est pourvu d’un titre : « En contemplacion de D. Louise Labé » qui ne laisse plus de doute sur l’identité de cette rivale.

Le rapport entre les Erreurs amoureuses et les Euvres de Louïze Labé Lionnoize semble donc étroit : Pontus de Tyard n’est pas si pauvre d’inspiration que de devoir emprunter un sonnet à l’une de ses œuvres contemporaines pour le placer, sans rapport aucun avec la destinataire, dans la couronne des « Escriz ». Le fait raconté et fictionnalisé dans le sonnet des Erreurs amoureuses et le sonnet des « Escriz de divers Poetes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize » pourraient bien dire la même chose : une fascination pour la personne de Louise Labé. Il ne s’agit pas tant d’une vérité biographique – invérifiable – que d’un élément codifié du discours amoureux, qui formule et recode ce qui a pu être une expérience personnelle. Cette fascination affichée pour la beauté de Labé (« En contemplacion de… ») a aussi un aliment intellectuel, car la réflexion sur l’amour et le rôle des femmes est partagée par Labé et par le poète pétrarquiste, qui est aussi le traducteur en 1551 des dialogues De l'amour de Léon l’Hébreu, l'auteur du Solitaire premier, dialogue platonicien sur les fureurs, qui lui permet l’éloge des « Dames françaises » : « À quel effort s’est éprouvée la force virile que la féminine n’ait exécuté ? » ; « à tous vertueux exercices vous estes nées » (dédicace, 1552). Labé incarne en 1555 ce que la dédicace du Solitaire premier promeut en 1552. L’épître dédicatoire de Labé semble un écho à l’épître dédicatoire de Pontus de Tyard et des scènes du « Debat de Folie et d’amour » théâtralisent ce qui, dans la dédicace du Solitaire premier, reste sous forme de mention (la critique des « Taupes de ce siècle » ou « ténébreux misogynes »). La communauté de pensée du premier Tyard et des Euvres de Labé est forte, peut-être nourrie au sein de l’atelier de Jean de Tournes où ils publient tous les deux. Il n’est pas impossible qu’un autre poème des « Escriz de divers Poetes » soit de Tyard ou d’un de ses proches : l’Ode [21] présente de nombreux traits sémantiques et prosodiques qui sont le propre de Tyard – l’ode n’est cependant pas signée.