"M. C. D. B. L." / Clémence de Bourges

A M.C.D.B.L.

Sur la foi de Du Verdier en 1585 dans sa Bibliotheque (p. 822), la dédicataire de l’épître liminaire, « M. C. D. B. L. », a été identifiée comme « Mademoiselle Clémence de Bourges, Lyonnaise », ce qu’aucun des éditeurs de Louise Labé n’a contesté depuis, à ceci près que Du Verdier en fait la dédicataire du seul « Debat de Folie et d’Amour » alors que les éditeurs aujourd’hui reconnaissent que la dédicace concerne les Euvres dans leur entier.

Fille de Claude de Bourges, seigneur de Myons et général de Piémont, et de Françoise de Mornay, Clémence est une jeune femme brillante, louée par François de Billon (1555, f. 214v), par Jean-Baptiste Du Four ("Ai lettori", dans Il Decamerone, Lyon, 1555, p. 930-931), par Antoine Du Verdier (1585, p. 218-219), par Claude de Rubys (1604, p. 384), pour ses nombreuses qualités, sa pratique de la poésie, mais aussi de la musique et particulièrement son art de l’épinette dont elle joua avec brio devant la cour. La famille de Bourges résidait à l’hôtel de Milan à Lyon et avait une maison des champs à Villeurbanne. Clémence meurt prématurément, en 1562 selon Du Verdier, fiancée à Jean du Peyrat dont l’annonce de la mort au siège de Beaurepaire l'aurait tuée de chagrin, ou en 1557 selon Rubys, portée en terre avec des fleurs sur la tête, signe de sa « pudicité virginale », Scève et Taillemont ayant composé à cette occasion de « doctes tombeaux », déjà perdus en 1604 au moment où écrit Rubys. Du Verdier cite un huitain de Jean du Peyrat écrit pour Clémence de Bourges et mis en musique par François Roussel ; Rubys cite sa propre épitaphe en vers de Clémence, en l’honneur de leur amitié, née de « la nourriture que nous avions pris ensemble en nos jeunes années ». Cette phrase semble affirmer que Claude de Rubys et Clémence de Bourges auraient été éduqués ensemble. Nous savons que Claude de Bourges avait donné une éducation lettrée à ses filles puisque son autre fille, Louise, qui deviendra l’épouse de Gaspard de Saillans en 1564, verra publiées quatre de ses lettres dans le recueil épistolaire de son mari, Le Premier Livre de Gaspar de Saillans (Lyon, 1569) ainsi qu’un quatrain « Aux damoiselles ses compagnes de Lyon », ce qui fait d’elle une autrice, certes rare, mais une autrice. Ce qu’avait peut-être déjà été silencieusement Clémence. La dédicace de Louise Labé est-elle la preuve d’un lien entre les deux femmes par-delà la frontière sociale qui les séparait ? Le texte de Labé est bel et bien une incitation à écrire qui semble coïncider avec ce que l’on sait de la jeune Clémence.