Livres de femmes en Italie

Les Euvres de Louïze Labé Lionnoize constituent d’abord une variation sur un modèle éditorial venu d’Italie, où, depuis 1537, on a commencé d’imprimer des livres de poésie en langue vulgaire signées par des femmes [Jones 1990 ; Robin 2007 ; Cox 2008 ; Tarsi 2018 ; Richardson 2020]. Plusieurs des spécificités du livre proviennent de ces modèles italiens.

Parler d’amour en vers et en prose

En 1547, paraissent parallèlement à Venise deux livres signés par la « courtisane lettrée » Tullia d’Aragona : un recueil de vers et un dialogue philosophique sur « l’infinité d’amour », dont l’un des interlocuteurs, Lattanzio Benucci, est également l’auteur d’un des sonnets italiens des « Escriz de divers Poëtes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize », attestant du contact entre la création lyonnaise et ces modèles italiens.

Rime della Signora Tullia di Aragona : et di diversi a lei (Venise, Giolito, 1547)
Dialogo della Signora Tullia d’Aragona della infinità di amore (Venise, Giolito, 1547)

En 1555, la même association de vers et de prose se retrouve dans un livre publié à Lucques par Chiara Matraini, une femme issue d’un milieu de tisserands, comparable à celui duquel provient Louise Labé : Rime et prose di Madonna Chiara Matraini, gentildonna Lucchese. Les poèmes sont ici suivis de deux pièces de prose, une « Lettera » sur l’amour et une « Orazione dell’arte della guerra ». L’autrice y défend, dans des termes proches de ceux de Louise Labé, le droit d’une femme « à l’étude et à l’écriture » (« ne gli studi e nello scrivere »), même lorsqu’elle n’est « pas née du sang le plus noble, ni n’a été élevée dans les plus superbes palais parmi de nombreuses et très abondantes richesses » (« donna non de’ più alti sangui nata, né dentro i più superbi palagi fra copoiose e abbondantissime richezze nodrita »).