1750 Ruolz

Charles-Joseph de Ruolz, Discours sur la personne et les ouvrages de Louise Labé lyonnoise, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences et Belles Lettres, au mois d'avril 1746, par M. De Ruolz, Conseiller à la Cour des Monnoies, Lyon, Delaroche, 1750.

Un exemplaire numérisé est consultable sur le site Gallica.

Transcription : Romane Marlhoux.

 

AVERTISSEMENT.

L’IDEE desavantageuse qu'on a conque depuis long-temps de LOUISE LABE, est un exemple de la force du préjugé, et une preuve de la difficulté de le vaincre. Un Curieux qui n'a point l'ambition de se donner pour Auteur, s'est exercé à ce petit ouvrage ; c'a été de sa part un amusement littéraire ; il a cherché à faire connaître cette célèbre Lyonnoise pour ce quelle étoit ; le Public décidera s'il a réussi.
    Nous observerons seulement que l'Auteur paroît avoir fait un choix judicieux de tout ce qui
pouvoit concourir à son sujet. L'histoire particulière des personnes célèbres en quelque genre que ce soit, ayant toujours excité la curiosité du Public, on espère que ce discours, qui a pour objet une personne du sexe des plus accomplies de son temps, participera au même avantage.

DISCOURS SUR LA PERSONNE ET LES OUVRAGES DE LOUISE LABÉ LYONNOISE.

LOUISE LABÉ , célébre et par son esprit et par sa beauté, connuë plus généralement par le surnom de la Belle-Cordière, naquit à Lyon sous le Régne de François I. Vainement souhaiterions-nous être instruits de plusieurs des particularités historiques qui la regardent, telles que la date de sa naissance, la condition de ses parens, la forme de son éducation , les circonstances de son mariage, et le tems de sa mort ; toutes ces personnalités ont échapé à l'attention des Ecrivains, qui se sont contentés de nous dire simplement qu'elle brilla sous le Régne de Henri II.
    Il est cependant aisé de juger par l'éducation qu'elle avoit reçuë, que la condition de ses parens étoit bien au-dessus du commun, et leur fortune assez considérable : ils allèrent même au-delà des bornes, dans lesquelles on renferme ordinairement l'éducation des personnes du sexe ; mais ce zèle de leur part, s'il pouvoit être blâmé, ne servit qu'à faire briller des talens que le défaut de culture eût rendu inutiles : en effet, la nature lui avoit dispensé tous ses dons , ceux de l'esprit et ceux de la figure.
    « Sa face étoit plus angélique qu'humaine ; dit Paradin; mais ce n'étoit rien, continuë-t-il, à la comparaison de son esprit, tant chaste , tant vertueux, tant poëtique, tant rare en sçavoir, qu'il sembloit qu'il eût été créé de Dieu , pour être admiré comme un prodige entre les humains. »
    Cet Auteur contemporain, dont la naïveté caractérise l'Ouvrage, avoit pu juger par lui-même de la vérité de tout ce qu'il vient de nous dire ; l'on n'est donc point surpris de l'empressement qu'avoient tous les Sçavans du Royaume de la connoître.
    Jacques Pelletier, l'un d'eux, illustre par la place que lui a donné M. de Thou dans son Histoire, sans parler de ce qu'en ont dit M. de Sainte Marthe, Scaliger, Vossius et Teissier ; ce Sçavant, dis-je , étant venu à Lyon, y vit Louise Labé , et fit une Ode, dans laquelle, après avoir décrit la situation, les richesses de cette Ville, les avantages que son Commerce procure à nos Rois, ceux que la République des Lettres retiroit des Imprimeries fameuses qui y étoient alors, il finit par l'éloge de Louise Labé.
    La qualité de Poëte , et de Poëte François, ne dut pas être celle qui avoit le plus honoré
Jacques Pelletier parmi les gens de Lettres, quoique dans le nombre de ses Ouvrages en tout genre, l'on y compte un Art Poëtique : mais enfin l'intérêt de la petite Piéce de Poësie dont il s'agit, ne s'annonce pas moins de lui-même, puisqu'elle fut faite pour des lieux qui sont les mêmes que ceux que nous habitons.
    Je l'ai exactement transcrite d'après un Exemplaire même des Ouvrages de cet Auteur, imprimés par Jean Detournes, et j'ai scrupuleusement suivi la même orthographe de l'Exemplaire, dont le Caractère est un parfait Italique : j'ose dire que cette attention a échapé en partie à l'Auteur
de l'Histoire Littéraire de celte Ville ; je la crois cependant nécessaire, parce qu'elle est liée à la connoissance d'un trait particulier à ce sujet.
    Jacques Pelletier avoit pris parti dans la dispute qui s'étoit élevée de son tems entre Louis Maigret et Guillaume des Autels, au sujet de l'orthographe Françoise ; il se rangea du côté du premier , qui prétendoit que l'on devoit écrire comme l'on prononce ; système qui, renouvellé de nos jours, ne paroît pas cependant avoir fait fortune. Quoi qu'il en soit, on voit par cette orthographe singulière de quelle manière la Langue Françoise se prononçoit vers le milieu du seizième Siècle, et la différence de cette prononciation d'avec celle qui l'a suivie. C'est par de tels rapports que l'on juge des changement et des progrès d'une Langue : mais il est tems de lire cette Ode, intitulée :

A Louise Labé Lionnoese

[…].

    Tel étoit l'éloge qu'en faisoit Pelletier, ce Sçavant, tout à la fois Médecin, Mathématicien, Philosophe, Orateur et Poëte.
    Louise Labé avoit passé une partie de sa jeunesse à cultiver la Musique : elle nous l'apprend
elle-même en quelque endroit de ses Ouvrages ; et c'est aussi la raison pour laquelle un poète de
son tems disoit :

    Louise ha voix que la Musique avouë
    Louise ha main qui tant du Luth jouë.

    A cette partie d'une éducation déjà aussi goûtée en France qu'elle l'avoit été autrefois dans la Gréce, avoit succédé de la part de Louise Labé l'inclination la plus marquée pour tout ce qui peut orner l'esprit : Histoire, Fable , Poësie, Eloquence, rien ne lui étoit étranger : elle s'étoit mise en état de découvrir les beautés de chacune de ces connoissances, d'en approfondir le mérite, et d'en saisir les agrémens jusques dans les Originaux mêmes « Elle étoit instituée en Langue Latine dessus et outre la capacité de son sexe, dit l'Ecrivain que j'ai déjà cité, et admirablement excellente en la Poësie des Langues vulgaires. »
    Il sera aisé de juger de sa facilité à tourner un Vers en notre Langue, par ceux que j'aurai
occasion de rapporter , indépendamment des Vers Italiens qu'elle a fait.
    Ce goût pour les Belles-Lettres lui avoit fait rassembler les meilleurs Livres qui fussent connus alors en ces différentes Langues. Des lectures suivies, confiées à une mémoire heureuse, jointes au discernement le plus délicat, lui fournissoient, dans la conversation, une source intarissable de sujets toujours neufs, toujours intéressans. Et, en effet, l'esprit ne brille jamais avec plus d'éclat, que lorsqu'il est cultivé par des personnes du sexe, en qui une imagination aisée et naturelle, n'en fait que mieux triompher les agrémens : Eh ! que dire, lorsque les grâces de la Nature viennent encore se joindre à celles de l'esprit, et lui prêter de nouveaux charmes ?
    Cependant l'on demande froidement s'il faut que les femmes sçachent ou ayent étudié ; comme si le danger de les trouver alors trop aimables, peut-être seul motif d'un pareil doute, devoit donner lieu à l'injustice qui les condamne à renoncer à la partie la plus précieuse de l'éducation.
    Louise Labé vivoit dans un Siécle affranchi de la rigueur de ce préjugé : elle le disoit elle même, en adressant la parole à une fille de condition de cette Ville, à qui elle dédioit ses Ouvrages (Clémence de Bourges, dont nous aurons occasion de parler.)
    « Etant le tems venu, Madamoiselle, que les severes lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aus sciences et disciplines ; il me semble que celles qui ont la commodité, doivent employer cette honneste liberté, que notre sexe ha autrefois tant désirée à icelles apprendre, et montrer aus hommes le tort qu'ils nous faisoient, en nous privant du bien et de l'honneur qui nous en pouvoit revenir. »
    Elle invite ensuite au travail et à l'étude toutes les personnes de son sexe : « Je ne puis faire autre chose que prier les vertueuses Dames d'eslever un peu leurs esprits par dessus leurs quenoilles et fuseaus, et s'employer à faire entendre au monde, que si nous ne sommes faites pour commander, si ne devons nous estre desdaignées pour compagnes, tant ez afaires domestiques que publiques, de ceus qui gouvernent et se font obeir. »
    C'est ainsi qu'elle s'exprime dans cette Epître, terminée par un trait ingénieux et délicat, pour
s'autoriser à donner ses Ouvrages au Public.
    « Et pour ce que les femmes ne se montrent volontiers en publiq seules , je vous ai choisi, Madamoiselle, pour me servir de guide, vous dediant ce petit euvre, que ne vous envois à autre fin que pour vous acertener du bon vouloir lequel de lontems je vous porte, et vous inciter et faire venir envie, en voiant ce mien euvre ainsi rude et mal bati, d'en mettre en lumière un autre qui soit mieus limé et de meilleure grâce. Dieu vous maintienne en santé. De Lion ce 24. Juillet 1555. Votre humble amie, Louise Labé. »
    Ses Ouvrages excitèrent encore plus la curiosité des Etrangers : il ne passoit en cette Ville aucune Personne de marque qui ne voulût avoir le plaisir d'en connoître l'Auteur ; sa maison étoit
le rendez-vous de toutes les Personnes distinguées, ou par le mérite, ou parla naissance. Quelle idée
se faire de ces sortes d'Assemblées, où l'esprit et les graces président tour-à-tour ?
    Louise Labé offroit chez elle le rare spectacle d'une vertu sans gêne, d'un sçavoir sans orgueil, et des charmes les plus séduisans sans affectation. C'étoit, on peut le dire, une espéce d'Académie libre, où l'on passoit, sans contrainte, d'une conversation utile et agréable, à la lecture de quelque Piéce de Poësie, à une discussion délicate de quelque Ouvrage d'esprit, et à tout ce qui pouvoit enfin amuser une Compagnie choisie.
    Ces Exercices étoient variés par des Concerts : Louise Labé unissoit alors sa voix à l'harmonie de son Luth. On ne sera pas fâché d'entendre parler l'Historien même qui nous a conservé tous ces détails : c'est Duverdier ; il ne doit pas d'ailleurs passer pour suspect.
    « Elle recevoit, dit cet Auteur, gracieusement en sa maison, Seigneurs, Gentilshommes et  autres Personnes de mérite, avec entretiens de Devis et Discours, Musique, tant à la voix qu'aux Instrumens où elle étoit fort duicte, lecture de bons Livres Latins et vulgaires, Italiens et Espagnols, dont son Cabinet étoit copieusement garni ; Collations d'exquises Confitures : elle aimoit sur tout les sçavans hommes, et ils avoient la meilleure part dans ses bonnes grâces. »
    Cette Sçavante avoit épousé un Marchand de cette Ville, qui négocioit en Cables et Cordages : c'est ce qui la fit surnommer la Belle-Cordière, nom que l'on a donné à la ruë où elle demeuroit. Le nom de son Mari ne nous est pas connu ; mais il occupoit un terrein considérable, où
étoient placés des Chantiers et des Magasins propres à son Commerce, avec un Logement
commode, auquel étoit attenant un Jardin fort spacieux, placé , dit un Poète du tems,
    
    Un peu plus haut que la plaine
    Où le Rosne impétueus .
    Embrasse la Sône humaine
    De ses grands bras tortueus.

    Dans un parterre de ce Jardin étoit dessinée par la verdure, et tracée en plusieurs endroits,
la figure d'un Croissant ; symbole, comme l'on scait, de Henri II. avec des Vers formés et écrits
de la même manière.

    A l'entrée on voioit d'Herbes
    Et de Thin verflorissant,
    Les Lis et Croissans superbes
    De notre Prince puissant ;
    Et tout autour de la plante
    De petits ramelets verds,
    De marjolaine flairante,
    Etoient plantés ces six vers :

(qui sans doute étoient l'ouvrage de la Maîtresse du Logis. )

    Du très-noble Roi de France
    Ce Croissant neuve accroissance
    De jour en jour rependra,
    Jusques à tant que ses cornes,
    Jointes sans aucunes bornes,
    En un plein Rond il rendra.

Nous ignorons si Louise Labé vécut longtemps ; mais toutes les conjectures portent à croire qu'elle ne jouit pas d'une longue vie, et qu'elle mourut avant la fin même du Régne de Henri II. C'est-à-dire, dès avant l'année 1559.
    C'est à quoi se réduit tout ce que l'on sçait de cette célèbre Lyonnoise, dont le mérite nous fait regretter avec raison d'être privés de la connoissance des autres circonstances de sa vie qui formeroient un tout intéressant.
    En réunissant ce que les Ecrivains ont dit d'elle, il est étonnant d'appercevoir l'opposition la plus marquée entre ses Contemporains et ceux qui ont paru après elle, sur la réputation et l'honneur. Les premiers ont rendu sincèrement justice à ses vertus, en louant son esprit : ils ont fait l'éloge des sentiments de son cœur et de sa bonne conduite. Les seconds ont employé les qualifications les plus injurieuses à sa mémoire ; et leur plume flétrissante semble n'avoir rien épargné pour laisser à la postérité le souvenir du libertinage de mœurs le plus outré qui fut jamais.
    Si les recherches que l'on fait sur la Vie et les Ouvrages d'une Personne, pouvoient en être l'apologie, il ne me seroit peut-être pas difficile d'entreprendre celle de Louise Labé, en parcourant ce que les Historiens ont dit pour et contre ; et à l'aide de quelques réflexions sur le degré d'autorité que mérite l'avis de chacun d'eux, je découvrirois aisément le vice du préjugé qui en a entraîné plusieurs dans le parti qu'ils ont pris de penser à son désavantage.
    Par exemple, Paradin, le premier de tous, qui, dans un Chapitre particulier sur cette Lyonnoise, ajoute : « Et ne s'est cette Nymphe seulement fait connoître par ses Ecrits, ainçois par sa grande chasteté. » Cet Ecrivain Ecclésiastique, distingué par sa place et par son mérite, si plein de mœurs lui-même, auroit-il fait cet éloge d'une Personne dont la réputation eût souffert quelque atteinte, lui qui d'ailleurs écrivoit sous les yeux et par les conseils d'un Magistrat, l'un des plus recommandables que nous eussions alors ; c'étoit M. de Lange, cet homme si respecté dans ces Provinces, et qui à un pareil égard eût exigé de l'Auteur un judicieux silence ?
    En effet, rien n'étoit plus récent en cette Ville que le souvenir de la conduite et des actions de Louise Labé. S'il en eût été autrement, quelle grâce auroit eu auprès d'elle ce Poète, qui, pour flater le talent qu'elle avoit de chanter en s'accompagnant de son Luth, lui présenta un jour ces Vers pour qu'elle les mît en chanson?

    Si Venus m'a rendu belle
    Et toute semblable qu'elle
        Avec sa divinité ;
    Que pourtant elle ne pense
    Qu'en un seul endroit j'offense
        Ma chaste virginité.

    Le même l'avoit encore louée par ces autres Vers :
    
    La chasteté fidelle,
    Qui toujours est avec elle,
    Nous rend quasi tous seurs,
    Qu'elle eut la naissance sienne
    De la Couple Cynthienne
    Ou de l'une des neuf Soeurs.

Antoine Duverdier est le premier des Auteurs non Contemporains qui a jetté sur le portrait de cette Personne de noires couleurs : il a été enhardi par l'accueil qu'il est ordinaire de voir faire aux narrations malignes,toujours sûres d'être copiées; et tel est, pour le dire en passant, le crédit que l'on doit attacher en de certains points, à ce qu'on appelle la foi historique, comme l'a remarqué un bel Esprit de ce siécle, en parlant de la plûpart des Auteurs mêmes de l'Antiquité.
    Duverdier nous apprend cette circonstance, que Louise Labé sçavoit l'art de piquer fort bien un Cheval ; ce sont ces termes : « A raison de quoi, dit-il, les Gentilshommes qui avoient accès auprès d'elle l'appeloient le Capitaine Loys. » Cette qualification étoit fondée ; et Duverdier ne nous dit pas une particularité que voici : Louise Labé s'étoit trouvée au Siége de Perpignan, que fit en l'année 1542, Henri, Dauphin de France. Cette Ville étoit défenduë par Ferdinand de Tolede, Duc d'Albe : le Siége ne fut pas heureux ; il fut levé après trois mois. Le courage de notre Héroïne fut célébré par des Vers.

    Louise ainsi furieuse,
    En laissant les habits mols
    Des femmes, et envieuse
    De bruit, par les Espagnols
    Souvent courut, et grand noise
    A maint assaut leur donna,
    Quand la Jeunesse Françoise
    Perpignan environna :
    Là sa force elle desploye,
    Là de sa lance elle ploye
    Le plus hardi assaillant,
    Et brave dessus la selle,
    Ne démontroit rien an elle
    Que d'un Chevalier vaillant.

    Tout sembloit concourir à entretenir une inclination qu'elle partageoit ainsi entre Mars et les Muses. Le passage des Troupes en cette Ville, causé par la guerre que la France portoit alors dans l'Italie, inspiroit un air guerrier à tous ses Habitans: les Dames prenoient part aux Exercices militaires, et Louise Labé se distinguoit entr'elles : Ecoutons-la.

    Qui m'ust vû lors en armes fieres aller,
    Porter la lance, et bois faire voler,
    Le devoir faire en l'estour furieus,
    Piquer, volter le cheval glorieus,
    Pour Bradamante, ou la haute Marphise,
    Seur de Roger, il m'ust possible prise.

    On a peine à concevoir sur quel fondement Duverdier a pû parler d'elle, d'une façon aussi opposée à tout ce qui en avoit été dit par ceux qui en avoient écrit avant lui. Claude de Rubis a voulu renchérir sur lui, et a porté un jugement aussi desavantageux d'une autre Dame Lyonnoise, appelée Pernette du Guillet, dont Duverdier, son Auteur ou son Guide, avoit cependant fait l'éloge ; contradiction qui dès lors détruit nécessairement le suffrage de l'un ou de l'autre de ces deux Ecrivains.
    Nous avouerons que de Rubis, en parlant de Louise Labé, s'est exprimé en des termes peu convenables à la gravité d'un Historien, disons même d'un Magistrat. Pour donner du crédit à son Histoire, il croyoit, sans doute, devoir démentir toutes celles qui l'avoient précédées, et sur tout celle de Paradin ; partialité plus condamnable que la crédulité même dont il accuse à chaque instant cet Auteur.
    De nos jours, Baile a pensé comme Duverdier ; et il paroît que son témoignage lui a suffi.
    L'Auteur (*) de l'Histoire Littéraire de Lyon, avouë, avec cette ingénuité qui faisoit son caractère, que si ce qu'ont dit Duverdier et de Rubis est véritable, il faudra bien rabattre des éloges que Paradin a fait de sa vertu. « Ces Historiens prétendent, et ce n'est pas, à mon avis, sans apparence de vérité, dit-il, que Louise Labé avoit gâté ses talents par un libertinage plus rafiné, mais aussi condamnable, que celui des Phrynés et des Laïs. »
    Le P. de Colonia aura raison , si l'on veut, de ne pas prendre sur lui le soin de justifier cette Sçavante envers le Public ; mais s'il eût pesé avec un peu plus d'attention le suffrage des deux Ecrivains dont il paroît avoir suivi la foi, se seroit-il aussi aisément livré à penser comme eux ?
    Au reste, que la Bibliothéque Françoise de Duverdier soit un Ouvrage également consulté des Sçavants, et recherché des Curieux, à la bonne heure ; ce n'est pas sur quoi tomberoit ici le sujet d'une Critique.
    Cet Ecrivain, en qui l'on peut être assuré de combattre tous ceux qui l'ont pris ici pour guide,étoit venu s'établir à Lyon, 30 ans environ après la mort de Louise Labé : il y étoit venu comme Etranger, et n'avoit point connu personnellement cette Sçavante. Faut-il qu'il soit plus instruit que tous ceux qui l'ont devancé , et qui en ont parlé avec distinction ? C'est ce que l'on ne peut imaginer ; et tout ce qui se présente à dire sur un pareil jugement de sa part, est qu'il n'a été formé que sur des rapports dont on soupçonne aisément l'injustice et l'infidélité, pour peu que l'on fasse attention aux motifs qui vraisemblablement les ont fait naître.
    Une femme qui sçait, et que ses connoissances honorent déjà dans le monde, doit naturellement s'élever au-dessus de son sexe, en dépit duquel elle cherche à se mettre au rang des Hommes de Lettres ; mais ce n'est pas sans être obligée de secouer le joug d'un préjugé qui gêneroit toujours ses vuës : il faut, pour s'en délivrer, qu'elle s'affranchisse d'une espéce d'erreur ; qu'elle méprise l'autorité d'une opinion injuste, mais reçuë ; qu'elle renonce presque à de certaines bienséances ; qu'elle vienne à bout de se procurer cette heureuse liberté d'esprit et de sentimens qu'il est rare que des personnes du sexe puissent jamais goûter entr'elles, et dont le commerce préféré
des hommes peut seul aussi la faire jouir.
    En faut-il davantage alors pour fournir matière à la jalousie et à l'ignorance ? Bientôt elles censureront cette conduite remarquable, fruit des lumières acquises ; elles y attacheront le blâme, que dis-je? la honte d'une passion: l'une et l'autre aveugles et incapables de juger des effets d'une galanterie fine et aimable , fondée sur un enjouement plein d'esprit, éxemte d'affectation et de cérémonie ; l'une et l'autre, dis-je, ennemies des talens, décrieront tout ce qui peut servir à dévoiler, ou à mettre au jour leur néant et leur bassesse.
    Les Villes de la Gréce ont vu des Femmes d'esprit y devenir, comme par état, les idoles des plus beaux génies, des plus grands hommes ; causer des passions, et les satisfaire : c'en est assez pour que ces deux fléaux de la société trouvent dans de pareils exemples dequoi autoriser leur jugement. L'Antiquité a eu ses Phrynés et ses Laïs, disons-le, ses Sapho en tout genre : les Siécles modernes doivent aussi avoir les leurs.
    Et c'est ainsi qu'aura été rabaissée, du côté des mœurs, celle qui, de son tems, avoit peut-être surpassé toutes les personnes de son sexe du côté du mérite ; celle pour qui il fut peut-être plus glorieux de s'en tenir au seul défaut de la galanterie, que pour mille autres de s'en être garanties (pour me servir de la pensée d'un homme d'esprit).
    C'étoit donc bien inutilement que Louise Labé avoit poussé l'indifférence jusqu'à s'en faire même une espéce de gloire, lorsqu'elle s'exprime ainsi quelque part.

    Maints grans Signeurs à mon amour prétendent,
    Et a me plaire, et servir prets se rendent :
    Joûtes et jeux, maintes beles devises,
    En ma faveur, sont par eus entreprises ;
    Et neantmoins tant peu je m'en soucie,
    Que seulement ne les en remercie.

Mais il semble que pour affoiblir au moins ce partage de sentimens sur sa conduite , rien n'y contribuerait mieux que la réflexion qui se tire de la liaison intime, de l'amitié tendre qui étoit entr'elle et la jeune Personne de cette Ville dont nous avons déjà parlé, et à qui elle avoit dédié ses Ouvrages ; je veux dire, Clémence de Bourges, fille d'un esprit rare et d'une des premières Maisons de Lyon (**), morte à l'âge le plus capable de la faire regretter : elle n'avoit que seize ans, et elle avoit fait l'ornement des Fêtes données à nos Rois à leurs passages, en jouant devant eux de plusieurs sortes d'Instrumens. Elle étoit promise à un Gentilhomme de la Ville, nommé Dupeyrat (***), Capitaine de Chevaux-Légers, qui fut tué devant Beaurepaire en Dauphiné, en combattant avec Maugiron contre les Protestans. La mort de Dupeyrat fut suivie de la sienne ; elle ne lui survécut que de peu de jours.
    Or, pour revenir à l'objet de notre réflexion, peut-on supposer que les parens de Clémence de Bourges eussent souffert qu'une fille de cet âge et de sa condition eût été aussi étroitement liée avec Louise Labé, si, effectivement, celle-ci eût mené une vie capable de la déshonorer ? Et il faut remarquer qu'elle ne vécut que très-peu de tems après la mort de Clémence de Bourges.
    J'avouerai cependant que les ouvrages de Louise Labé, je veux dire, ses Poësies, semblent offrir quelque chose de repréhensible : elle a peint, dans ses Elégies et dans ses Sonnets, un amour un peu vif, dont elle paroissoit connoître tous les détours et toutes les finesses : aussi le sentoit-elle bien, lorsqu' adressant la parole aux Dames de cette Ville, elle leur dit dans la 3me. de ses Elégies :

    Quand vous lirez , ô Dames Lionnoises,
    Ces miens Ecris pleins d'amoureuses noises,
    Quand mes regrets, ennuis, depits et larmes
    M'orrez chanter en pitoiables carmes ;
    Ne veuillez point condamner ma simplesse
    Et jeune erreur de ma fole jeunesse,
    Si c'est erreur ; mais qui dessous les cieus
    Se peut venter de n'être vicieus ?

Si de pareils sentiments étoient un défaut, c'étoit bien moins le sien que celui du Siécle où elle vivoit. Jamais les poëtes ne furent si favorisés que sous le Régne de Henri II et de ses enfans, et jamais la Poësie ne fut si tendre, si passionnée, ni moins retenuë dans ses expressions; fâcheux, mais inévitable effet de l'exemple que donne une Cour, dont l'esprit et le goût régle infailliblement celui de tous les Sujets.
    On a dû s'appercevoir que si les Ecrivains ont été partagés à l'égard des mœurs de Louise Labé, leurs sentimens au moins sur le mérite de sa Personne et de ses Ecrits ont été les mêmes : les Poëtes de son temps lui offroient à l'envi leurs hommages, et lui en promettoient de nouveaux
après eux. Un entr'autres disoit :

    Maints nobles Poëtes,
    Pleins de celestes esprits,
    Diront tes grâces parfaites
    En leurs tres doctes Ecrits ;
    Marot, Moulin, Lafontaine,
    Avec la Muse hautaine
    De ce Sceve audacieus,
    Dont la tonante parole
    Qui dans les Astres carole
    Est un contrefoudre ez cieus.

Nous ne connoissons pas les Poësies de Moulin : celles de Charles Fontaine sont en partie adressées à des Personnes de cette Ville ; elles furent imprimées à Paris, en l'année 1546, sous le titre de La Fontaine d'Amour, par allusion au nom du Poëte, comme est le titre de La Marguerite des Marguerites, donné aux Poësies de la Reine de ce nom ; sortes d'allusions familières dans ce siècle.
    A l'égard de Maurice Sceve, sa Muse, comme l'on voit, est ici caractérisée avec honneur. La famille de ce nom qui subsiste en cette Ville, est la même, dit-on, que celle de ce Poëte.
    Ce que j'ai rapporté des Poësies de Louise Labé pourroit suffire pour en donner une idée ; mais je ne sçaurois ne pas m'arrêter à l'Ouvrage le plus ingénieux de tous, et dont le Siécle d'Auguste n'auroit pas désavoué l'idée ; je parle de celui auquel elle avoit donné le titre de Débat de Folie et d'Amour, jeu d'esprit admirable, mais très-peu connu, à cause de l'ancienneté des Editions et la rareté des Exemplaires. Il est peu d'Ouvrage, en effet, qui dans ce genre mérite aussi fort d'être
goûté. On en conviendra bientôt, si l’on me permet d'en mettre ici l'Abbrégé sous les yeux : on verra
une Fille qui sçavoit la Langue Françoise, et qui en possédoit la pureté aussi bien que le célèbre Amyot, Cet Ecrivain qui, peu d'années après, devoit, par sa fameuse Traduction, s'ouvrir le chemin à une gloire qui durera autant que notre Langue. Voici l'Argument de cet Ouvrage, et qui est de Louise Labé même,
« Jupiter faisoit un grand Festin, où étoit commandé a tous les Dieux se trouver. Amour et Folie arrivent en même instant sur la porte du Palais, laquelle étant ja fermée, et n'ayant que le guichet ouvert, Folie voyant Amour ja prest a mettre un pied dedans, s'avance et passe la première. Amour se voyant poussé, entre en colère : Folie soutient lui appartenir de passer devant ; ils entrent en dispute sur leurs puissances, dinités et preseances. Amour ne la pouvant vaincre de paroles, met la main a son arc, et lui lasche une fleche, mais en vain, pource que Folie se rend soudain invisible, et se voulant venger, otte les yeux à Amour, et pour couvrir le lieu où ils étoient, lui mit un bandeau fait de tel artifice qu'impossible est lui otter. Venus se plaint de Folie : Jupiter veut entendre leur différent ; Apolon et Mercure debattent le droict de l'une et de l'autre partie. Jupiter les ayant longuement ouis, en demande l'opinion aus Dieus, puis prononce. »
    Louise Labé nous dit que l’Amour, sur les yeux de qui la Folie avoit mis un bandeau, sortit, comme il put, du Palais de Jupiter pour s'occuper de son malheur.
« Chacun sera donc indifferemment et sans acception de personnes, s'écria-t-il alors, au hazard de mes traits : je faisois aimer les jeunes personnes, les jeunes hommes ; j'accompagnois les plus jolies des plus beaux ; je pardonnois aux laides ; je laissois la vieillesse en paix ; maintenant pensant frapper un jeune, j'assenerai sur un vieillard ; au lieu de quelque beau galant, quelque petit laideron a la bouche torse, et aviendra qu'ils seront les plus amoureus. »
    Ce qu'il avoit dit, arriva : Venus, qui le cherchoit, l'ayant trouvé, lui dit : « Jupiter a oui dix mille pleintes de toi d'une infinité d'artisans, gens de labeur, esclaves, chambrieres, vieillards, vieilles édentées, crians tous à Jupiter qu'ils aiment. »
    Elle veut ensuite ôter le bandeau qu'elle avoit apperçû sur ses yeux ; mais ses efforts sont inutiles : elle se désole.

    Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris ;

a dit si bien La Fontaine.

« O Venus ! ô mère désolée ! qu'ainsi soit, dit-elle, que tous ceux qui aimeront, quelque faveur qu'ils ayent, ne soient sans mal et infortune, a ce qu'ils ne se dient plus heureux que le cher fils de Venus
    Aussi-tôt elle court demander vengeance à Jupiter : le Dieu lui promet de l'écouter ; mais il veut entendre Folie. La Folie, qui craint la protection et l'autorité de Venus, emploie Mercure pour la défendre : Venus, qui, de son côté, choisit Apollon, considère, il est vrai, que sa maison et celle de ce Dieu n'ont jamais été fort unies ; cependant, dit Louise Labé, elle croit Apollon trop plein de probité pour qu'il néglige ses intérêts : aussi ce Dieu, porté de la meilleure volonté pour elle ; en appelle-t-il au témoignage qu'en pourroient rendre les jardins que Venus a en Chypre et en Ida, et dont il a un soin tout particulier.
    Les plaidoyés de part et d'autre sont un peu diffus ; mais tel étoit alors le goût de l'Eloquence : s'agiroit-il cependant d'en donner ici l'idée la plus légère ? Apollon pour Venus, dit à l'Assemblée des Dieux : « Que si l'on ne rend les yeux à Cupidon, si Folie se mêle de ses affaires, tout sera bouleversé ; qu'en vain l'Amour voudroit-il mettre de l'harmonie entre les grands et les petits, la Folie la troublera toujours, que la vieillesse tournera son venerable et paternel amour en fols et juvenils désirs, et qu'il a belle peur que où l'Amour a inventé tant de sciences et produit tant de biens, la Folie n'ameine avec soi quelque grande oisiveté accompagnée d'ignorance ; qu'elle n'empêche les jeunes gens de vaquer à estudes honorables ; car il n'y a point de plus dangereuse compagnie que celle de Folie. »
    On laisse à penser si la Peroraison touchante fut suivie d'un frémissement, effet de l'impression de ce Discours sur tous les Dieux.
    Pour Mercure, dont Louise Labé lui fait déclarer d'abord qu'il ne commencera point par s'excuser, comme font ces Orateurs qui craignent d'être blâmés quand ils soutiennent des Causes apertement mauvaises, il prétend que la sienne est bonne, et que si l'on ordonnoit quelque peine contre Folie, l'Amour en auroit le premier du regret. Mercure appercevant Pallas, l'ennemie capitale de Folie, croit devoir observer que cette Déesse ne devoit point être des Juges. Louise Labé a oublié de nous dire si ce moyen de récusation fut jugé avant que d'aller plus loin.
    « Il paroist bien, dit ensuite le défenseur de Folie, qu'Apollon qui a si long-tems oui les causeurs a Rome, a bien retenu d'eux a conter a son avantage ; pour lui il ne dissimulera rien : il raconte le fait. Folie et Amour se sont pris de paroles a l'entrée du Palais : Amour a voulu la navrer de ses armes ; elle qui ne vouloit que rire, s'est deffendu des siennes ; et ainsi qu' Amour tire au cœur, Folie se jette aux yeus et a la teste, et n'a autres armes que ses doigts ; elle lui a otté ses yeus. Il ne se plaignoit que de la deformité de son visage ; elle émuë de pitié, le lui a couvert d'une bande, a ce que l'on n'apperçust deux trous vuides d’iceus enlaidissans sa face. »
    Mercure soutient ensuite que la Folie ne le céde en rien à l’Amour, ni pour le rang, ni pour l'origine. « En effet, dit-il, les hommes commencent leur vie par Folie : vrai est qu'au commencement ils ne faisoient point de hautes folies, faute d'exemples ; leur folie étoit à courir l'un après l'autre, a monter sus un arbre pour voir de plus loin, a rouller en la vallée, menger tout leur fruit en un coup, tellement que l'hiver n'avoient dequoi vivre. Petit a petit ha crû Folie avec le tems : les plus éventés d'entr'eus, ou pour avoir recous des loups et autres bêtes sauvages, les brebis de leurs voisins, ou pour avoir deffendu quelqu'un outragé, ou peut-être pour être plus forts ou plus beaus , se sont fait couronner Roys de quelques feuillages de chêne, et croissant l'ambition non des Roys, qui gardoient fort bien en ces tems les moutons, beufs, truyes et anesses, mais de quelques mauvais garnemens qui les suivoient, leur vivre a été séparé du commun ; il a fallu que les viandes fussent plus délicates pour eus, l'habillement plus magnifique, Folie ha mis en tête a quelques uns se faire craindre, Folie ha fait les autres obeir. Enfin Folie a tout fait, son pouvoir est sans bornes, et son origine aussi ancienne que celle du monde. »
Il paroit que, dans ce second plaidoyé, Louise Labé a employé des traits dont Erasme ne lui avoit pas fourni l'idée. On sçait quel fut le jugement : le P. de Colonia l'a rapporté dans son Histoire Littéraire. L'importance du Sujet, autant que la diversité des opinions, engagea Jupiter, dit Louise Labé, à remettre l'affaire d'ici à trois fois, sept fois, neuf siécles ; et cependant il fut ordonné à l'Amour et à la Folie de bien vivre ensemble, et à la Folie de conduire l’Amour partout où bon lui sembleroit ; et sur la restitution de ses yeux, après en avoir parlé aux Parques, en sera ordonné, dit Jupiter. Personne n'ignore ces Vers de La Fontaine à ce sujet :

Quand on eut bien considéré
L'intérêt du Public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême Cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.

    Paradin a appellé ce Dialogue, « Un Ouvrage fort moral, plein de traits de belle philosophie, et diversifiés de plusieurs événemens posés avec grande élégance et en beaux termes. »
    Les Ouvrages de Louise Labé, quoique rares, ont été cependant imprimés plusieurs fois en cette Ville. Ils consistent d'abord en ce Dialogue, Ouvrage de cent et tant de pages ; trois Elégies ; vingt-quatre Sonnets, dont le premier est Italien ; et l'Epître dédicaloire. Outre la première Edition de l'année 1555, citée par Lacroix du Maine et Duverdier, il y en a une seconde de l'année suivante, in-8°, chez Jean Detournes : elle est dans le Catalogue de la curieuse Bibliothéque de M. Dufay ; et une troisiéme Edition in-16, aussi faite à Lyon la même année : cette dernière est dans le Catalogue des Livres de M. de Cangé.
    Je n'ai point craint d'entretenir le Lecteur de quelques-uns des traits que contient ce Dialogue. Pour juger du mérite et de l'esprit de Louise Labé, il falloit l'entendre parler, et se trouver dans ses propres entretiens: c'est à quoi je devois rapporter une partie de mes Recherches.
    Et pour laisser une idée de cette Sçavante, seroit-ce aller trop loin que de la regarder comme une personne, qui, dans son tems, ne fit pas moins honneur à la Ville de Lyon, qu'en firent dans le leur la Belle Laure à la Ville d'Avignon ; Clémence lsaure, à celle de Toulouse ; et Catherine des Roches, à celle de Poitiers ?

(*) Le P. de Colonia s'est distingué par une attention marquée et suivie pour tout ce qui pouvoit intéresser la gloire de la Ville de Lyon. Il y est mort dans la Maison du grand Collége.
(**) Elle étoit fille de Noble Claude de Bourges, Seigneur de Myons, Général des Finances de Piémont, et de Demoiselle Françoise de Mornay. Les Armes de la Maison de Bourges paroissent à la voute de l'Eglise de St. Nizier en cette Ville, dans l'endroit où ses nervures se croisent. Elle portoit de gueules au Lyon d'argent, et un chevron d'azur brochant sur le tout.
(***) Il étoit fils aîné de Jean Dupeyrat, Lieutenant Général en la Sénéchaussée et au Gouvernement de Lyon, en l'absence du Maréchal de St. André. Les Armes de cette Maison se voient dans l'Eglise de St. Paul, où étoit sa Chapelle, dans celles des Célestins et des grands Carmes. Elle portoit d'Azur au Château d'or, muraillé de sable.

 

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