1584 La Croix du Maine

François Grudé, sieur de La Croix du Maine, Premier volume de la Bibliotheque du Sieur de La Croix du Maine. Qui est un catalogue general de toutes sortes d'Autheurs, qui ont escrit en François depuis cinq cents ans et plus, jusques à ce jourd'huy […], Paris, Abel L’Angelier, 1584, p. 291.

Un exemplaire numérisé est consultable sur le site Gallica.

 

LOUISE L'ABÉ Lyonnoise, femme tresdocte, vulgairement appellée la belle Cordiere de Lyon, de laquelle l’anagramme est, Belle à soy : elle sçavoit for bien composer en vers et en prose.

Elle a escrit un dialogue en prose Françoise, intitulé le Debat de Folie et d’Honneur, imprimé avec plusieurs poësies de son invention et autres de ses amis, le tout a esté imprimé ensemble à Lyon par Jean de Tournes l’an 1555. et le tiltre est tel. Les œuvres de Loyse l’Abbé Lyonnoise, etc.

Elle florissoit à Lyon soubs Henry 2. l’an 1555.

Originaire du Mans, François Grudé, sieur de La Croix du Maine (1552-1592) publie en 1584 ce qu'il présente comme le premier volet d’un vaste projet de recension de tout ce qui s’est écrit et continue de s’écrire en France – ce sera le seul volet publié. Il n’a sans doute pas vu lui-même d’exemplaire des Euvres de Louïze Labé Lionnoize, ce qui peut expliquer les variantes sur la graphie du nom (« L'Abé » ou « L'Abbé », au lieu de « Labé ») et l’erreur sur le titre du « Debat » (« Honneur » remplace « Amour »). Mais son information demeure fiable, en ce qui concerne l’identité du livre (titre, date, éditeur) et son contenu : des « vers » et de la « prose », des « poësies de son invention et autres de ses amis » (il comprend donc l'existence des « Escriz de divers Poëtes » comme un liber amicorum), l’anagramme « Belle à soy », présent dans le livre à travers un poème de Claude de Taillemont. Pour présenter l’autrice, il a complété ses informations par d’autres sources : le surnom « Belle cordiere », attestée depuis 1556 dans diverses publications (François de Billon, Calvin, une chanson) et qu'on rencontre aussi dans une archive lyonnaise en 1578, ne figurait pas dans le livre de 1555.

C’est ainsi, en autrice et « femme tresdocte », et dépouillée de tout élément légendaire comme de toute considération sur sa moralité, que Louise Labé fait son entrée dans l’histoire littéraire française, vingt-neuf ans après la publication de son livre.