1578 Des Roches

Les Œuvres de Mes-dames Des Roches de Poetiers mere et fille, Paris, Abel L'Angelier, 1578.

 

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Les Œuvres de M. Des Roches de Poetiers la fille.

« Epistre à sa Mere »

[G3v] […] Ils diront peut estre que je ne devois pas escrire d’amour, que si je suis amoureuse il ne fault pas le dire, et que si je ne suis telle il ne fault pas le feindre : je leur respondray à cela, que je ne le suis, ny ne feins de l’estre : car j’escry ce que j’ay pensé, et non pas ce que j’ay veu en Syncero, lequel je ne connoy que par imagination. Mais comme il est advenu à quelques grands personnages de representer un Roy parfaict, un parfaict orateur, un parfaict courtisan, ainsi ai-je voulu former un parfaict amoureux : et si l’on dit que pour avoir pris exemple de tant d’excellens hommes, je les ay mal ensuyvis, je diray aussi que les Roys estant personnes publiques, doivent par leurs vertus estre l’ornement de leurs peuples, que les orateurs et courtisans ayant à paroistre devant les grands ont besoing de se pourvoir de toutes perfections qui les facent remerquer des sages et du vulgaire : mais Syncero ne veut plaire qu’à sa dame seulement, que j’ay formée à son patron le plus qu’il m’a esté possible, imitant nostre grand Dieu lequel apres qu’il eut creé le pere Adam, luy donna une femme semblable à luy. Beaucoup diront volontiers que je ne devoy point escrire de quelque suject que ce soit, mesme en ce temps que [G4r] nous voyons tant de Poëtes en France. Je ne veux faire autre responce à ce propos là, sinon qu’il y a bien assez d’hommes qui escrivent, mais peu de filles se meslent d’un tel exercice, et j’ay tousjours desiré d’estre du nombre de peu : non-pas que j’aye tant d’estime de moy que de me vouloir parangonner aux plus excellentes non plus qu’aux moindres : car je ne veux juger de moy ny par audace ny par vilité de cueur : au-moins je ne me sentiray point coupable d’avoir perdu beaucoup de temps à composer un si petit ouvrage que cettuy-ci, pource que je n’y ay jamais employé d’heures, fors celles que les au filles [1579 : « autres filles »] mettent à visiter les compaignies pour estre veües de leurs plus gentils serviteurs desirant qu’ils puissent devenir dignes chantres de leurs beautez, encores qu’elles ayent bien la puissance de se chanter elles mesmes : toutesfois elles dedaignent de s’y prendre : approuvant (ce croi-je) l’opinion de Zinzime qui ne pouvoit estimer les Gentils-hommes Romains pour estre bien instruits en la Musique à saulter et voltiger, pource que les seigneurs de Turquie faisoient faire tels exercices à leurs esclaves. Ainsi quelques unes des Damoiselles de ce temps, sans vouloir prendre la peine d’escrire, se contentent de faire composer leurs serfs, attisant mille flammes amoureuses dans leurs cueurs, par la vertu desquelles ils deviennent Poëtes mieux que s’ils avoient [G4v] beu toute l’onde sacrée de la fontaine des Muses. Mais quant à moy, qui n’ay jamais faict aucun d’aucun serviteur, et qui ne pense point meriter que les hommes se doivent asservir pour mon service : j’ay bien voulu suivre l’advis de la fille de Cleomenes qui reprenoit les Ambassadeurs Persans, dont ils se faisoient accoustrer par des Gentils-hommes, comme s’ils n’eussent point eux de mains. Aussi je m’estimerois indigne de ce peu de graces que Dieu m’a données par vostre moyen (ma mere) si de moymesme je n’essaïois de les faire paroistre : ce n’est pas que j’espere me tracer avec la plumse une vie plus durable que celle que je tien de Lachesis, aussi n’ay-je point quitté pour elle mes pelotons, ny laissé de mettre en œuvre la laine, la soye, et l’or quand il en a été besoing, ou que vous me l’avez commandé : J’ay seulement pensé de vous monstrer comme j’employe le temps de ma plus grande oisiveté, et vous supplie humblement (ma mere) de recevoir ces petits escrits qui vous en rendront tesmoignage : si vous en trouvez quelques uns qui soient assez bien nez, avoüez les s’il vous plaist pour voz nepveux, et ceux qui ne vous seront agreables, punissez les à l’exemple de Jacob qui condemna la famille d’Isachar pour obeir à ses autres enfans.

"Dialogue de Vieillesse et Jeunesse" (p. 53-63)

"Dialogue de Vertu et Fortune" (p. 63-74)

"Dialogue de la Main, du Pié et de Bouche" (p. 74-79)

"Dialogue de la Pauvreté et la Faim" (p. 80-87)

J'ouy dire l'autre jour que Jupiter faisoit un bancquet aux nopces d'une Nymphe qu'il a d'autre fois aymée et bien que je n'y eusse pas esté conviée si me mis-je en chemin pour y aller, pensant, que je trouverois aux dernieres tables quelque lieu pour te renger, Faim mamie. F. À quoy tint il donc que vous ne m'appellastes pour vous y accompagner ? P. Je vouloy sçavoir quel il y faisoit premierement, craignant de t'y mener en vain. F. Comment fustes vous receuë ? P. Helas le plus mal du monde, tout aussi tost que ces Dieux et Deesses m'aperceurent, ils commencerent à fuyr serrant leurs joyaux : Jupiter cacha son sceptre, Venus sa ceinture, Mercure ses Tallonieres, Apollo sa Harpe, et Amour ses traits : disans tous que Pauvreté estoit mal seure. F. Et quoy ? Amour vous craint il, sçait il pas bien que vous estes sa mere ? P. Ha mamie il feint de ne le sçavoir pas, il fut le premier à dire en me chassant que je troubloy toute la feste, et que sa fille Volupté seroit contrainte de s'enfuir si je demeuroy long temps là, pource qu'elle et moy ne pouvons nous accorder ensemble. […]

"Dialogue d’Amour, de Beauté et de Physis" (p. 87-92)

"Dialogue de Sincero, et de Charité" (p. 92-119)

On relève divers souvenirs des Euvres de Louise Labé (épître liminaire, "Debat de Folie et d'Amour") dans plusieurs pièces que signe Catherine Fradonnet dans le volume qui réunit ses textes à ceux de sa mère, Madeleine, sous le nom de "Mes-dames Des Roches" (1578). Cette même année, d'autres pièces de Catherine Fradonnet sont jointes à la republication du "Debat de Folie et d'Amour" par Jean Parent. L'exemple de Louise Labé est ainsi doublement associé à l'accès de ces autrices poitevines à la publication.