1555 Woeiriot

Pierre Woeiriot, gravure, 1555.

On possède deux états, portant la même date 1555, d'un même portrait gravé féminin signé par Pierre Woeiriot (1532-1599), orfèvre et graveur lorrain qui commence alors à travailler à Lyon. La gravure mesure 105 x 70 mm.

1. Un état est conservé à l'Albertina Museum de Vienne (Fr. I. 4, fol. 15, n° 39), parmi d'autres gravures de Pierre Woeiriot. Dans un cartouche sous le portrait, on lit un distique latin : "QUI LVGDVNENSEM DEPICTAM LAIDA CERNIS / HEV FVGE : PICTA LICET SAVCIAT HISCE OCVLIS" ("Toi qui vois représentée la Laïs lyonnaise, fuis, malheureux, car, même peinte, elle pourrait te blesser de ces yeux").

Albertina F I 4 15

© Albertina Museum

2. Un autre état est conservé à la la BnF (RESERVE ED-5 (B)-FOL) : le cartouche a été gratté pour faire figurer le nom : "LOISE LABBE LIONNOISE".

Woeiriot 1555 BNF

© BnF, Banque d'images

 

La gravure de la BnF, connue depuis 1844, a été largement diffusée, souvent à travers sa réinterprétation par le graveur lyonnais Henri-Joseph Dubouchet, à partir d'une copie de l'original effectuée par Jean-Baptiste Danguin (1873) ; celle de l'Albertina, signalée en 1864, a été reproduite seulement en 1962 [Louis Dunand].

Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, il semble que le premier état soit celui de l'Albertina Museum [Huchon 2008].

On ne sait pas si la gravure avait été conçue pour le livre. Plusieurs arguments vont dans ce sens : le format est compatible ; Jean de Tournes insère parfois des portraits des auteurs au début des livres (Pontus de Tyard, Guillaume des Autels…) ; les livres de femmes en Italie insèrent parfois des portraits des autrices (Laura Terracina, Chiara Matraini…) ; Pierre Woeiriot a gravé d'autres portraits d'auteurs et d'autrices pour les imprimeurs (Louis des Masures, Bernard du Poey, Georgette de Montenay…). Mais on ne peut rien affirmer de certain et les multiples hypothèses visant à interpréter l'absence de la gravure dans le livre (Louise Labé n'aurait pas aimé la gravure, Pierre Woeiriot se serait brouillé avec Jean de Tournes…) sont invérifiables.

Le distique latin reprend le thème de la beauté qui tue, présent dans plusieurs poèmes des « Escriz de divers Poëtes », et l'associe à la mention de Laïs, courtisane de Corinthe célèbre pour sa beauté, qui fait écho à la réputation de « courtisane » qui est celle de Louise Labé.

Sources

DUNAND , Louis, « Louise Labé dans l’esprit de son époque : à propos d’une épreuve non encore reproduite du portrait de Louise Labé gravé par Woeiriot », Albums du crocodile, 1962.

HUCHON, Mireille, « De la Laïs lyonnaise à Louise Labé : les métamorphoses d’un portrait », Revue d’histoire littéraire de la France, 108/1, 2008, p. 3-20.